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Ouest-France
, mercredi 8 décembre 2004
Il
y a 50 ans, le dernier cas de variole.
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L'épidémie,
rapportée d'Indochine, fit 17 morts à Vannes en janvier 1955
Aujourd'hui,
il n'est plus obligatoire d'être vacciné contre la variole. Mais en
janvier 1955, la « petite vérole » coûta la vie à
dix-sept personnes et entraîna une campagne massive de vaccination.
C'est
un curieux anniversaire que s'apprêtent à commémorer trois médecins
du centre hospitalier Chubert de Vannes : celui de l'éradication
de la variole en France. En janvier 1955, la maladie fit ses dix-sept
dernières victimes dans le Morbihan. Une histoire qui démarre en
Indochine, à Diên Biên Phû.
La
variole ? Connais pas ! Qui imagine encore que « la
petite vérole » fit 125 000 morts en 1870, qu'elle fit trépasser
le bon roi Dagobert et Louis XV ? Depuis cinquante ans, la France
est définitivement débarrassée du fléau qui fit en janvier 1955 ses
dernières victimes dans le Morbihan.
C'est
une histoire digne d'un film d'aventure. Ou d'une série noire, avec au
bout du compte ses dix-sept morts. Elle commence en Indochine, dans la
cuvette de Diên Biên Phû, en pleine guerre. Blessé dans les combats
contre l'armée populaire du général Giap, le sergent Roger D., 30 ans,
parachutiste colonial, est rapatrié d'urgence au Val-de-Grâce (Paris)
par l'un des derniers avions sanitaires qui a pu se poser dans le camp
retranché.
Tout
heureux de retrouver sa petite famille à Vannes, il rapporte dans ses
bagages trois pyjamas de soie noir, bleu et blanc, achetés rue Gia Long
à Saïgon. Un cadeau empoisonné : les vêtements contiennent des
germes de variole. La maladie, extrêmement contagieuse, va étendre sa
tête de pont en Bretagne en contaminant Daniel, le fils du militaire
blessé, puis ses voisins de lit à l'hôpital.
« Tombé
au combat contre la variole »
Très
vite, la contagion s'étend : le 2 janvier, on compte déjà douze
malades, « veillés par huit soeurs en coiffe et bavettes,
crucifix à la ceinture ». Les médecins sont sur la brèche, dont
le Dr
Grosse et
le Dr Cadoret. En pleine Saint-Sylvestre, quand d'autres baignent dans
les cotillons et les langues de belle-mère, les médecins vannetais
envoient à Tours et Paris des voitures chercher les 100 000 doses
indispensables pour vacciner à tour de bras.
L'épidémie
s'en donne à coeur joie : le 18 janvier 1955, on compte
cinquante-trois malades, neuf morts, un guéri et douze convalescents.
Les médias s'emparent de l'événement. Paris Match parle de « wagons
remplis de cercueils en gare de Vannes ». Un concert des Jeunesses
musicales de France est annulé le 16 janvier. L'équipe de foot de
Rostrenen refuse de venir jouer à Vannes de peur d'être contaminée,
et l'on peut lire, toujours dans Paris Match, ces phrases épiques :
« La variole, faucheuse de générations, monstre qu'on croyait
mort chez nous, ressurgissait soudain avec la canine aiguisée des bêtes
qui ont trop jeûné ».
Ultime
pied de nez de la « grande faucheuse » : elle emportera
le directeur départemental de la santé du Morbihan, le Dr
Grosse,
qui s'était vacciné dans les derniers, ce qui lui vaudra cette épitaphe :
« Tombé au combat contre la variole ».
Cinquante
ans après, des médecins du centre hospitalier Chubert de Vannes préparent
une commémoration. « C'est l'occasion d'évoquer les controverses
sur la vaccination, qui a pourtant permis de supprimer la variole, et de
parler des menaces bioterroristes. C'est enfin un hommage aux médecins
et aux soignants qui ont limité l'étendue de l'épidémie, et sauvé
des vies », explique Hubert Journel, médecin généticien à
Vannes. Les témoins bretons de cette épidémie de variole sont invités
à se faire connaître auprès des organisateurs qui recherchent des témoignages.
L'histoire a pris le pas de la maladie, le virus n'est plus qu'un sale
souvenir.
Eric
de GRANDMAISON.
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