|
LA
FOLIE A L'AGE CLASSIQUE
|
Michel
FOUCAULT {Histoire
de la folie à l'âge classique) propose la thèse du
renfermement des fous et voit dans la fondation en 1656
de l'Hôpital Général de Paris l'acte premier de ce
grand renfermement. Il semble bien que les insensés ne
soient que très minoritaires dans cet enfemement
progressif ; les mendiants, les libertins, les galeux,
les prostituées, les vénériens, les enfants trouvés
vont être internés de plus en plus souvent. |
|
La
Multiplication des Errants
|
Depuis
le XVlème siècle, les indigents se sont multipliés : les
misères du temps, le chômage, l'urbanisation créent une
population errante sans cesse grandissante. Il s'agit d'un
phénomène qui s'étend à toute l'Europe : Ies idées de
l'époque ne s'orientent pas vers la charité mais vers
l'enfermement des pauvres.
A
Paris, en 1557, on convertit en hôpital la maladrerie de
Saint Germain( "Les petites maisons" ).
L'Hôpital
Général de 1656 est le rassemblement des établissements de
Paris 4000 à 5000 personnes seront placées à la Pitié, à
Bicêtre, à la Salpêtrière (Paris compte 40 000 mendiants),
les grandes villes se dotent d'hôpitaux où l'accueil
charitable le dispute mal à la mise au travail des mendiants
valides et à la répression des déviants, les insensés s'y
retrouvent également.
|
Population
de la Salpêtrière en 1701 (La Salpêtrière est
réservée aux femmes) : 4 646.
-
1894 enfants de moins de 15 ans,
- 329 filles de moins de 16 ans, estropiées.
teigneuses, etc.
- 594 vieilles aveugles ou paralytiques,
- 262 vieux mariés de plus de 70 ans,
- 380 correctionnaires, libertines ou prostituées,
- 465 gueuses ordinaires et vagabondes,
- 330 femmes en enfance, d'une extrême vieillesse,
- 300 folles violentes ou innocentes
- 92 épileptiques de divers âges. |
L'échec
de l'enfermement
Les
"Hôpitaux Généraux" sont bientôt remplis
d'invalides, et non de ces mendiants valides que l'on voulait
enfermer et faire travailler. Ils ne contiendront jamais
qu'une petite proportion d'insensés : 5 à 10%.
Les
maisons de force
Ces
locaux de correction, le plus souvent communautés
religieuses, accueillent, moyennant une pension, les "correctionnaires".
Les insensés y sont plus nombreux en proportion que dans les
hôpitaux généraux (20%) ; certaines maisons se
spécialisent, comme Charenton ou le Bon Sauveur à Caen.
Les
lettres de cachet
Acte
souverain, la lettre de cachet émane du roi ; elle ordonne
l'internement. Ce type de placement "administratif"
n'est pas plus arbitraire que le placement en maison de Force
qui n'est soumis à aucune formalité. La lettre de cachet
doit suivre une procédure : la famille rédige un placet,
l'intendance enquête ... La lettre de cachet est aussi le
reflet d'une société où la famille est maîtresse de la
liberté de ses membres, les surveille et les interne si
besoin est. La Révolution Française abolit les lettres de
cachet, mais maintient les fous enfermés. 90% des lettres de
cachet étaient demandées par les familles en vue de
l'emprisonnement des marginaux et déviants, donc des fous.
Les
dépôts de mendicité
L'échec
relatif des hôpitaux généraux et l'insuffisance des maisons
de force amènent la création au XVIIIème siècle des
dépôts de mendicité. L'enfermement va prendre cette fois un
caractère massif. De 1768 à 1789, 230 000
personnes sont passées dans les dépôts de mendicité. Les
insensés y sont très minoritaires, mais ils sont les plus
stables de leurs pensionnaires.
Les
soins et les traitements
Le
magique et le religieux assurent aux XVIIème et XVIIIème
siècles leur permanence, dont le maintien des pèlerinages à
but thérapeutique et miraculeux est le témoignage le plus
évident.
A
l'opposé, quelques médecins entament une démarche
scientifique. Thomas SYDENHAM
(1624 - 1689, Britannique) marque son désaccord avec
la théorie "utérine" de l'hystérie ; celle-ci est
provoquée par un désordre des esprits animaux ; sa
déduction, très en avance sur son temps, est que l'homme
aussi est susceptible d'hystérie. Il utilise par ailleurs
l'opium comme calmant.
William
CULLEN (1710 - 1790, Britannique) crée en
1769 le terme "névroses" désignant un ensemble
d'affections du sentiment et du mouvement, sans fièvre ni
lésions décelables. Son ouvrage essentiel sera traduit en
1785 par Philippe
PINEL.
Calmants,
évacuants, diète, saignées (souvent exagérées), toniques,
lavements, bains, sont les médications les plus courantes.
S'y ajoutent des traitements plus ou moins fantaisistes : les
voyages ayant parfois guéri les mélancoliques, ce sont les
cahots des routes que l'on imite avec un "trémoussoir",
fauteuil agité par une mécanique.
"Contre
la frénésie
Prenez le poumon d'un porc tout chaud et aussitôt faites le
cuire dans de l'eau claire, puis lorsqu'il est cuit, retirez
le de l'eau et le mettez tout chaud sur le chef du malade.
autre
Prenez du sang de truye et le faites cuire, et de ce faites un
emplâtre qu'il faudra mettre sur la teste du malade" ...
(Source
: Recueil de remèdes et Secrets - Collection P. Morel) cité
par POSTEL et QUETEL.
Necker
lance la prise en charge de l'assistance par le gouvernement.
COLOMBIER
et DOUBLET, en 1785, rédigent leur
"lnstruction sur la manière de gouverner les insensés
et de travailler dans les asiles qui leur sont destinés"
qui est diffusée dans tout le royaume.
"Des
milliers d'insensés sont renfermés dans des Maisons de
Force, sans qu'on songe seulement à leur administrer le
moindre remède : le demi-insensé est confondu avec celui qui
l'est tout à fait ; le furibond avec le fou tranquille ; les
uns sont enchaînés, les autres libres dans leur prison ;
enfin, à moins que la nature ne vienne à leur secours en les
guérissant, le terme de leurs maux est celui de leurs jours,
et malheureusement jusque là, la maladie ne fait que
s'accroître, au lieu de diminuer. Tel est l'état au vrai des
ressources, jusqu'à ce moment, contre le fâcheux état des
pauvres insensés : le cri de l'humanité s'est fait entendre
en leur faveur, et déjà un grand nombre d'asyles se prépare
pour leur soulagement, par l'établissement d'un département
uniquement destiné pour eux dans chaque dépôt de
mendicité, et l'on se propose d'y traiter indistinctement
tous les genres de folies".
Cette
instruction préfigure l'asile thérapeutique du XIXème
siècle.
Joseph
DAQUIN (1732 - 1815) expose en 1791 les
principes de l'attitude médicale qui va devenir le traitement
moral : "Je veux enfin que le médecin vienne avec cette
philosophie douce et consolante qui semble faire quelque chose
sans agir et qui, sans vouloir d'abord considérer la maladie
comme un ennemi, s'attache au contraire à le caresser, pour
ainsi dire, comme un ami et s'assurer si les forces vitales
qui constituent précisément ce qu'on nomme la nature sont
seules suffisantes avec quelques légers secours, pour
détruire les causes qui paraissent vouloir éteindre le
principe de la vie." |
|