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LE
XXème SIECLE
LA PSYCHIATRIE CONTEMPORAINE
On
peut nettement y distinguer deux périodes séparées par la
deuxième guerre mondiale.
La
Psychiatrie s'édifie d'abord comme une science en
développant la nosologie et la nosographie, restant cousine
de la neurologie, s'approchant de la psychologie comme
équivalent de la physiologie. Le cerveau, support de
l'esprit, est l'objet de la recherche car c'est lui qui tient
la clef de l'étiologie des maladies mentales.
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Henri
EY (1900-1977) est le dernier représentant de
cette féconde période où les descriptions cliniques
abondent. Il tente une synthèse entre les symptômes
psychiatriques et les données neurophysiologiques par
sa théorie de I'organodynamisme. Il explique comment le
manque d'une fonction peut engendrer l'excessif
développement d'une autre jusqu'au saut dans le
pathologique.
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Cette
vision médicale trouve son prolongement dans les
thérapeutiques biologiques qui apparaissent après la
première guerre mondiale.
Impaludation.
Von JAUREGG découvre un traitement de la
paralysie générale en provoquant artificiellement de la
fièvre.
L'insulinothérapie
ou cure de SAKEL, du nom de son
fondateur. Dans les années 50, cette méthode très employée
provoque des comas hypoglycémiques avec parfois des
convulsions. EIIe est utiIisée dans Ie cadre des psychoses
endogènes (schizophrénie).
Cardiazol
- Von MEDUNA (1932).
Cette méthode provoque des convulsions et est indiquée dans
le cadre des psychoses endogènes.
Les
électrochocs - CERLETTI et BINI
(1938).
Principe : passage d'un courant électrique entraînant une
convulsion.
Indications
: Ils furent présentés au départ comme un traitement de la
schizophrénie, mais l'on découvrit, dès 1940, que la cible
de choix était la dépression. A cette même date, fut
introduit la curarisation, pour prévenir le risque de
complications traumatiques. Depuis, cette pratique se fait
sous anesthésie générale.
La
psycho-chirurgie - Edgar MONIZ,
neurologue et homme politique portugais. Prix NOBEL de
médecine en 1949.
Il présente le résultat de ses recherches, inspirées des
travaux de PAVLOV et RAMON Y CAJAL
sur les connexions intercérébrales qu'il convenait de rompre
lors de la fixation de certains troubles, notamment des
obsessions.
Au
départ, ces coupures, ou lobotomies, furent pratiquées par
injection d'alcool, puis par un appareil tranchant. Ces
techniques se développèrent d'abord en Europe et trouvèrent
leur apogée aux Etats-Unis autour des années 50. Outre les
psychoses, cette pratique eut pour indication les obsessions
sexuelles. Il semble que, depuis deux décennies, cette
technique soit pratiquement abandonnée et uniquement
réservée à quelques rares cas rebelles, insensibles à
toute forme de traitement.
La
deuxième guerre mondiale et le souffle de liberté qu'elle a
apporté sur la civilisation occidentale est le véritable
tournant pour la psychiatrie.
C'est,
en premier lieu, le grand chambardement des Institutions qui
mérite, à lui seul, une étude rappelant les principales
étapes de son fondement. D'autre part, l'ouverture de la
psychiatrie à différents courants, en premier lieu aux
sciences humaines, mais aussi aux neurosciences, à
l'éthologie, reflètent les différents axes théoriques de
cette fin de siècle et la fécondité des approches
interdisciplinaires et pluridisciplinaires.
LA
DESINSTITUTIONNALISATION
C'est
une période qui voit diminuer le rôle de l'hospitalisation
dans Ies établissements de grande capacité, souvent
éloignés des grands centres urbains et l'extension des
traitements extrahospitalicrs et des structures
intermédiaires.
1945
- Au cours des journées nationales de la psychiatrie, BONNAFE
dénonce l'internement, cette "conduite primitive",
stigmatise la perversion de l'hôpital et prononce sa
condamnation.
1949
- Au congrès de TOURS, DUCHENE définit la
nécessité de la continuité des soins dans laquelle
l'hôpital n'a plus qu'une place réduite.
1950
- Au premier congrès mondial de psychiatrie à PARIS, est
posé le déclin général de l'intérêt pour la psychiatrie
clinique et la nosographie, ainsi que la diminution
progressive de la part des médecins dans Ies soins aux
malades mentaux.
1952
- G. DAUMEZON et P. KOECHLIN
introduisent le terme de psychothérapie institutionnelle,
formule ambiguë qui sera remplacée par celle de
thérapeutique institutionnelle. L'Institution est,
elle-même, thérapeutique lorsque, par l'action du collectif
soignant, elle est organisée en lieu de parole et prend le
patient dans un réseau relationnel.
1953
- J. OURY ouvre la clinique La Borde,
véritable institution laboratoire, référence pour les soins
aux malades psychotiques.
L'idée
directrice est la mise en place de moyens de toute espèce
pour lutter chaque jour contre tout ce qui peut reverser
l'ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire
ou ségrégative.
L'hôpital
est décrit comme un microcosme dans lequel, pour permettre
aux malades d'investir leurs conflits, le psychiatre doit
fournir des occasions d'identification et de transfert. TOSQUELLES
veut qu'il favorise les échanges et permette le processus de
singularisation. Il veut faire éclater l'établissement
classique et faciliter la survenue, à sa place, d'un ensemble
de lieux institutionnels. SIVADON souligne
les contradictions entre ceux qui veulent définir, à
l'intérieur des services, des règles de vie éducatives et
normalisantes tandis que d'autres veulent favoriser la Iibre
expression et faire accepter le passage à l'acte.
1960
- Le quinze mars, une circulaire signe l'acte de conception
d'une idée : le SECTEUR. Une deuxième
circulaire précise que les pavillons ne doivent pas dépasser
vingt cinq lits.
1964
- LE
GUILLANT - BONNAFE - MIGNOT
font, au congrès de MARSEILLE, leur fameux rapport
sur la chronicité. En un mot, "la relation mobilise,
l'Institution fige". Ils ouvrent l'ère des formules et
structures intermédiaires.
1965
- 66 - 67- Les journées du LIVRE BLANC précisent ce qui est
nécessaire pour qu'advienne la sectorisation. 4000
psychiatres obtiennent un statut qui les mobilise, le
recrutement des infirmiers et paramédicaux est
considérablement augmenté et leur formation considérée
comme essentielle.
1968
- Les événements de Mai.
La neuropsychiatrie est séparée en Neurologie et
Psychiatrie.
Cette dernière peut prendre ses distances avec le milieu
universitaire qui voulait ignorer l'existence des Hôpitaux
psychiatriques, l'importance de Ia connaissance des
institutions.
1970
- 1990 - Le mouvement de désinstitutionnalisation passe dans
sa phase pratique et amène le dépérissement partiel de
l'hôpital psychiatrique.
On
sait que l'idéologie pèsera plus que les données cliniques
et thérapeutiques nouvelles, parfois ignorées. Une
connaissance de chaque pays, de chaque département est
absolument nécessaire pour comprendre la réalité et la
signification des Institutions. L'Institution laisse la place
aux institutions. La psychiatrie ne se réduit plus à ce qui
se passe dans les structures, c'est la relation
psychothérapique qui est reconnue comme primordiale.
Le
dispositif est choisi en fonction de la longueur d'évolution
des troubles mentaux.
Toutes
ces démarches conduisent progressivement à une coupure
manichéenne entre les structures extrahospitalières jugées
seules valables et le traitement intrahospitalier conçu comme
l'ultime recours devant l'échec des soins.
DIATKINE,
dès 1974, avait rappelé qu'il faudra toujours des centres
hospitaliers spécialisés. La question essentielle est de
veiller à ce qui s'y passe et qu'ils soient vivants.
La
psychiatrie sécrète, en elle-même, un mouvement de repli
constant de ses actions, ce qui peut consolider des
institutions figées et adynamiques.
La
dernière décennie tend à un recentrage. Différents
documents administratifs ont définitivement consacré la
politique de secteur. Le sujet de la psychiatrie, l'homme
malade, est revenu naturellement au centre des débats, en
lieu et place des idéologies. Pour H. CHAIGNEAU,
il faut placer, en principe des principes, celui de la
continuité de I'existence du sujet. On peut y ajouter celui
de la continuité des soins. |