En
1990, se produit une modification sémantique dont la portée
ne sera pas négligeable pour les années à venir en psychiatrie, pour l’évolution à moyen terme de la
discipline.
On
note, en effet,
-
d’une part des courants tendant à rapprocher la psychiatrie
de la médecine et à élaborer des législations visant à l’intégration
des services de psychiatrie au sein des hôpitaux
généraux ;
-
d’autre part, la première démarche visant à modifier l’appellation
de psychiatrie et à lui substituer le terme de santé mentale. Il s’agit d’une reprise d’un terme ancien qui
figurait déjà dans la circulaire
de secteur du 15 mars 1960. A l’époque, ce terme était
en lien avec la pathologie psychiatrique lourde. Elle visait
à montrer et à démontrer que même les grandes pathologies
ne devaient pas inspirer de résignation mais au contraire,
avec une modification de la prise en charge, étaient
susceptibles d’évolution vers un sens plus favorable,
permettant de retrouver un certain équilibre dans le
fonctionnement psychique. Ce terme était également associé
aux structures dites " dispensaires de santé mentale " ; ce qui, dans l’esprit, permettait
d’alléger l’impact du mot
" psychiatrie ", qui faisait toujours peur
et avait une nette connotation négative.
-
En 1990, l’esprit s’est modifié. Le contenu du terme
" santé mentale " vise cette fois à
permettre une extension des interventions en psychiatrie vers
les problèmes médico-sociaux, vers les problèmes d’adaptation,
vers les problèmes de réaction dans les situations de
stress, actions qui étaient déjà très développées dans
le monde anglo-saxon.
La
matérialisation de ces différentes initiatives se traduit
dans les textes qui vont se succéder tout au long de la
décennie 1990.
&
Le rapport MASSE en 1992, qui procède à une longue
étude sur la diversification des prises en charge en psychiatrie
sur le territoire français. Il insiste beaucoup
sur la disparité énorme existant entre les moyens en psychiatrie
dans les différents départements.
Il
souligne l’essoufflement du dispositif de secteur ainsi que
le manque de dynamisme de certaines structures hospitalières
psychiatriques classiques. Il préconise donc de recentrer la psychiatrie
sur l’hôpital général, lui redonnant sa
dimension médicale qu’elle avait perdue depuis les années
d’après-guerre, emportée par l’élan du secteur.
Par
ailleurs, il fait une analyse rigoureuse des différentes
inadéquations existant dans les hôpitaux psychiatriques et
selon lui, devant déboucher sur la création de structures
médico-sociales dont un des membres de son équipe de mission
de santé mentale est un pionnier.
La
conséquence du rapport MASSE ne sera pas négligeable puisqu’elle
entraînera la création de nombreuses structures en aval des
structures psychiatriques, et dont les effectifs seront en
grande partie constitués par des anciens malades
psychiatriques et des personnes atteintes de troubles de type
Alzheimer. Cela entraînera également la création de foyers
à double tarification et la mise en place de structures
médico-sociales de secteur pour accueillir les
patients, âgés de moins de soixante ans, en particulier les
patients venus des services de psychiatrie ayant atteint l’âge
adulte et n’ayant pu acquérir l’autonomie suffisante pour
assurer leur propre autonomie.
Enfin,
le fer de lance de la circulaire est l’ébauche de l’organisation
du soutien psychiatrique au sein des hôpitaux généraux, qui
fera, plus tard, l’objet d’une circulaire spécifique.
&
En 1992, mise en place du tronc commun de formation des
infirmiers, disparition du diplôme d’infirmier en psychiatrie. Cette révolution est, au départ, sous-tendue
par l’obligation d’une uniformisation des différents
diplômes au sein de la communauté européenne. Elle met fin
à l’exception française qui, pendant longtemps, a soutenu
et défendu la formation spécifique des personnels soignants
en psychiatrie par les soins des services de psychiatrie et
des hôpitaux psychiatriques.
&
La circulaire du 30
juillet 1992 organise le soutien psychiatrique au sein des
services d’urgence des hôpitaux généraux. Elle sera
complétée par plusieurs décrets dans les trois années
suivantes. Elle préconise l’installation d’équipes
permanentes de psychiatrie composées de médecins psychiatres
et infirmiers psychiatriques, 24 heures sur 24 et 7 jours sur
7, permettant d’apporter sur le terrain où se concentrent
de nombreux problèmes somatiques, somato-psychiques et
psychiques, une équipe professionnellement formée à la
réponse à ces problèmes délicats et cela dans le cadre
court des interventions au sein des services d’Urgence.
La
circulaire préconise également la mise en place de trois
lits destinés à recevoir les patients, sur des périodes
courtes de 72 heures, dont l’état ne justifie pas d’un
retour au domicile et qui, par ailleurs, ne peuvent guère
être orientés, en première intention, vers un hôpital
psychiatrique.
&
1993 est l’année où sont définis les soins dispensés en
milieu pénitentiaire par les établissements publics de
santé.
&
1995 ; année législative fournie où apparaissent
le code de déontologie médicale et la charte
du patient hospitalisé.
&
28 mai 1997, une circulaire demande la création d’un
réseau national de cellules d’Urgence
médico-psychologiques. Cette création fait suite à
différents incidents et évènements, en particulier
attentats survenus en région parisienne en 1996. Cette
circulaire reprend les idées du Professeur Louis CROCQ,
qui avait depuis longtemps mis en place une consultation d’aide
aux victimes de chocs et d’agressions psychiques (stress
post-traumatique cher aux anglo-saxons), au sein de l’hôpital
St Antoine à Paris. Il reprend une partie des idées des
interventions, qui existaient déjà au niveau du Service de
Santé des Armées, et notamment l’Armée Israélienne, qui
avait constaté lors des différentes interventions
précédentes, en particulier lors de la guerre des six jours,
la gravité des stress psychologiques sur les membres des
unités combattantes. Ces actions et interventions à chaud
avaient alors été défendues pour permettre de neutraliser
ces états, qui non seulement entraînent dans l’immédiat
une paralysie annulant les capacités combattantes du soldat
mais qui ont par ailleurs, si elles ne sont pas écoutées et
prises en charge, des incidences sur certaines personnalités
vulnérables et fragiles dans les années qui vont suivre,
pouvant être à l’origine de troubles psychopathologiques
et en particulier, d’états névrotiques sévères.
Cette
circulaire donna au terme " débriefing "
une popularité assez insoupçonnée, le
" débriefing " étant la verbalisation de
l’expression émotionnelle en groupe.
&
Le
rapport PIEHL et ROELAND en 2001 prend acte du
passage de la psychiatrie à la santé mentale et développe
les actions psychiatriques en milieu carcéral, à l’hôpital
général, sur certaines populations : toxicomanies,
SIDA, maladies psychosomatiques. Il maintient l'objectif de la
diminution des lits et du développement des places dans les
structures alternatives à l'hospitalisation.
&
Le
rapport CLERY
MELIN, V. KOVESS, J.C. PASCAL, plans d’actions
pour le développement de la psychiatrie et la promotion de la
santé mentale, en septembre 2003, s’efforce de recaler la psychiatrie
vers les actions de secteur.
&
La loi du 4 mars 2002
nécessite qu’en soient rappelés les grands axes :
-
solidarité envers les personnes handicapées
-
développement de la démocratie sanitaire
-
proclamer
les droits des patients
-
rééquilibrer
la relation soignant – soigné
-
mettre
en place la participation des usagers
-
obligation
faite aux médecins de délivrer une information
préalable.
-
améliorer la qualité du système de santé, créer des
procédures de contrôle des professionnels
-
réparer les conséquences des risques sanitaires, favoriser
le règlement amiable des litiges, améliorer les procédures,
indemniser l’aléa thérapeutique.
Le
législateur tend, ces dernières années, à indiquer aux
personnels soignants comment ils doivent travailler, inversion
complète des attitudes passées lorsque les professionnels
définissaient leurs besoins aux décideurs politiques.
La
psychiatrie apparaît alors basculer insensiblement dans un
autre champ, avec une obligation progressive d’accueillir
tous ceux qui ne sont pas dans les normes, les exclus qui
dérangent. La menace est de faire de nouveau de la
psychiatrie un outil de normalisation sociale.
C’est
par un terme malheureux,
" antipsychotique ", qu’ont été
introduits des produits dits psychotropes atypiques, destinés
à se substituer aux neuroleptiques introduits depuis les
années 50.
Les
deux points forts de cette nouvelle gamme sont une meilleure
action sur les symptômes négatifs de la schizophrénie et
une diminution des effets extra-pyramidaux. Une prescription
en monothérapie est également très souhaitée.
Le
précurseur de cette famille est l'amisulpride (SOLIAN
®)
introduit dès 1986.
Mais,
la vraie révolution ne vient qu’à l’approche de la fin
du XXème siècle avec la rispéridone (RISPERDAL
®)
en octobre 1995, puis l'olanzapine (ZYPREXA ®) en juin 1999.
Les
études tendent à démontrer une excellente tolérance, un
meilleur confort de traitement permettant d’optimiser la
compliance. L’efficacité serait également meilleure bien
que l’action sur les troubles du comportement et l’agitation
reste peu convaincante.
De
nouveaux produits sont annoncés pour les années à venir.
2004 verra apparaître l’aripiprazole (ABILIFY ®) aux effets secondaires
encore moindres, en particulier sur les fonctions cognitives
et la prise de poids.
Les
antidépresseurs
Le
nombre des antidépresseurs a explosé depuis la mise sur le
marché de la famille des inhibiteurs de la recapture de la
sérotonine et la fameuse fluoxetine (PROZAC ®).
Leur
prescription a été décuplée au point de banaliser et le
traitement et le concept même de la dépression, qui s’appauvrit
de son contenu sémiologique et tend à se confondre avec le
sentiment de tristesse que les psychiatres ont toujours voulu
éviter de confondre avec la maladie dépressive.
Plus
récemment, quelques produits à la fois dopaminergiques et
sérotoninergiques ont fait leur percée, avec un moindre
succès : venlafaxine (EFFEXOR ®), mirtazapine (NORSET
®). Le
déclin des IMAO s’est confirmé.