CONSIDÉRATIONS
GÉNÉRALES
La
santé mentale est, en matière de santé publique, une préoccupation
majeure. Des indicateurs tels que les motifs de consultation ou les
pathologies rencontrées dans l'ensemble du dispositif de soins, les
causes d'invalidité ou de handicap, ou encore la consommation
médicamenteuse situent les troubles mentaux dans les premiers rangs.
Les observations montrent que d'importants besoins de santé mentale
restent mal couverts, notamment chez les jeunes enfants, adolescents
ou personnes âgées.
La
politique de santé mentale met en jeu de nombreux rouages, dans
différents domaines d'intervention de l'État, et aussi au sein des
collectivités territoriales et de la communauté. Votre contribution
à cette politique est essentielle ; le système de soins et ses
articulations avec la communauté en est un des moyens principaux.
Pendant
vingt ans, notre dispositif de soins psychiatriques a connu un extraordinaire essor, tant en ce qui concerne la
psychiatrie publique qu'en ce qui concerne la
psychiatrie exercée en cabinet privé. Aujourd'hui, il se trouve confronté aux contraintes de la maîtrise des coûts
de santé, en concurrence avec les autres
disciplines médicales. En cette situation, le dispositif de soins psychiatriques a pu apparaître comme un réservoir de
moyens utilisables à d'autres fins que celle
d'une politique de santé mentale. En cela, la psychiatrie
publique pâtit évidemment de l'image asilaire qui lui reste
attachée et des analyses partielles et hâtives
qui ont pu être faites à partir des surcapacités
hospitalières observées.
Il
serait cependant très dommageable pour l'ensemble de notre politique
de santé de méconnaître la valeur de notre dispositif psychiatrique
public, et, plus largement,
de notre dispositif de santé mentale. Les
problèmes de santé mentale méritent qu'on leur consacre beaucoup
d'attention et
qu'on mobilise tous les moyens efficaces dont on puisse disposer.
A
cet effet, notre système de soins dispose d'atouts importants mais insuffisamment utilisés :
-
une pensée scientifique en psychiatrie dynamique et pluraliste, qui
doit trouver davantage
son expression dans la recherche et l'évaluation ;
-
dans l'ensemble, un équilibre entre soins généraux et soins spécialisés, entre public et privé qu'il convient
de préserver, pour peu qu'on continue à
améliorer les modes d'articulation entre différents secteurs et à
accroître la
compétence des médecins généralistes en matière de santé
mentale ;
-
les centres hospitaliers spécialisés, qui sont un réservoir d'expérience et de savoir-faire, sont à considérer
pour leur potentiel de réponse au problème
de santé publique posé ; il s'agit en toute priorité de les amener à se libérer des entraves d'une trop lourde
infrastructure hospitalière héritée du
passé pour un développement optimal des structures et actions de secteur psychiatrique ;
-
le secteur psychiatrique constitue un profond mouvement de progrès,
et anime les
institutions psychiatriques publiques, où il réalise un large consensus.
La
politique de secteur, lorsqu'elle a pu donner son plein effet, a
montré son efficacité
vis à vis des missions de la psychiatrie publique, et notamment quant
à l'accessibilité des services pour l'ensemble de la
population, l'accueil, la réponse à
'l'urgence', l'articulation avec l'hôpital général (où les besoins
de soins psychiatriques sont considérables), la
lutte contre la chronicité de certaines
maladies mentales, le développement de la prévention.
Cependant,
si la réforme de l'organisation et du financement de la psychiatrie publique intervenue en 1985 et 1986 a créé les
conditions juridiques et réglementaires d'un
développement de la sectorisation psychiatrique et amorcé une
nouvelle avancée, il reste encore beaucoup à accomplir.
Pour
cela, le secteur psychiatrique doit :
-
se centrer sur les centres médico-psychologiques afin d'offrir des soins de santé
primaires près de la population, et faire contre-poids à l'hospitalo-centrisme
;
-
développer des soins plus complexes dans certains domaines en valorisant les savoir-faire du personnel, en scrutant
des unités fonctionnelles spécialisées,
et en mettant en commun des moyens avec d'autres secteurs ;
-
développer les liens avec les autres praticiens de santé, les
acteurs sociaux,
les établissements médico-sociaux et la population.
Le
processus de planification entrepris offre à votre mission
d'animation et de tutelle
le cadre d'une large concertation, et vous permet de susciter les transformations nécessaires. Vous pourrez utiliser à
cet effet les marges de manœuvre départementale
et régionales, les créations de postes médicaux de psychiatres
autorisés chaque année, les subventions d'investissement inscrites au chapitre 66-11, article 50, du budget de l'État
relatif aux équipements extra-hospitaliers de
psychiatrie, les mouvements de personnel (nominations, mutations,
promotions, départs à la retraite, etc.).
La
transformation du dispositif actuel se fera en gérant son évolution
à plusieurs
niveaux :
-
administratif sous l'autorité des chefs d'établissements qui
joueront pleinement
leur rôle d'organisateur et de gestionnaires des ressources mises
en oeuvre en valorisant, avec la contribution
active des infirmiers généraux, la réorganisation
des plateaux techniques par rapport aux aspects purement hôteliers
;
-
territorial : les schémas départementaux d'organisation
proposeront un réseau
de gestion des secteurs qui s'appuie tant sur les centres
hospitaliers généraux que sur les centres
hospitaliers spécialisés en respectant les zones d'attraction
des populations ;
-
budgétaire qui vous permettra d'affecter aux établissements gestionnaires les budgets correspondant à l'ensemble
des malades placés ou leur responsabilité,
et de réduire progressivement les inégalités. Des investissements
extra-hospitaliers seront rendus possibles par la reconversion du patrimoine vers d'autres secteurs d'activité :
médico-social, universitaire ou
autre.
-
gestion des ressources en personnel par :
-
une meilleure répartition du personnel en fonction des besoins,
de l'activité
et de la priorité donnée aux soins sans hospitalisation ;
-
une augmentation de la qualification du personnel ;
-
une meilleure cohérence des équipes par une politique
d'encadrement et la
mise en oeuvre de projets de soin ;
-
le soutien de relations étroites avec les interlocuteurs externes.
Cette
évolution se gère dans le temps. A moyen terme, trois à cinq ans
seront nécessaires
pour transformer de manière significative cette organisation en fonction des priorités du schéma départemental
d'organisation, et en mobilisant les moyens
humains et financiers rendus disponibles par le fermeture de structures
devenues obsolètes.
Au
terme de ces trois à cinq ans, vous effectuerez une évaluation des transformations effectives du système de santé
mentale et de son organisation ; elles devront
être comparées aux projets développés dans les schémas départementaux
d'organisation.
A
plus long terme, les schémas départementaux d'organisation
continueront à évoluer
régulièrement pour s'adapter aux besoins et aux méthodes de
travail.
La
présente circulaire comporte :
-
une définition des buts, principes et orientations actuels de la politique nationale de santé mentale et de son
application dans et par le dispositif de
santé mentale, notamment en psychiatrie publique (titre Ier et II) ;
-
certaines mises au point, en réponse à des questions ou problèmes
fréquemment posés sur
l'organisation au secteur psychiatrique (titre II) ;
-
un programme d'objectifs à atteindre dans les cinq années à venir
en tout secteur psychiatrique, vers lesquels il vous faudra guider
la restructuration
des établissements concernés (titre III).
Elle
sera complétée par des circulaires complémentaires relatives à un
thème particulier,
tel, pour les premières à paraître, que la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, l'équipe pluridisciplinaire,
l'hospitalisation en psychiatrie, la
réadaptation et la réinsertion des malades mentaux, l'accueil et la réponse à l'urgence,
et la prévention.
TITRE
Ier
LES
PRINCIPAUX OBJECTIFS ET ORIENTATIONS DE LA POLITIQUE DANS LE DOMAINE
DE LA SANTÉ
MENTALE
I.
- Problématique générale et buts de la politique de santé mentale
1.
La lutte contre les maladies mentales, si on considère les seules
personnes s'adressant
aux systèmes de soins et d'aide pour une intervention sur un problème
de santé mentale, est à l'évidence une priorité de santé publique
:
-
les troubles de la santé mentale sont fréquents (d'après une
enquête du Credes
[1], réalisée en 1682-1983, les médecins généralistes
recevraient 19 p. 100 de patients souffrant de
troubles mentaux ou du sommeil, et, parmi les diagnostics
qu'ils posent, celui de troubles névrotiques ou de dépression
arrive devant celui d'angine ou de bronchite.
Par ailleurs, près d'un million de personnes
s'adressent chaque année à la psychiatrie publique) ;
(1)
Centre de recherche d'étude et de documentation en économie de la santé.
-
ils représentent un risque grave pour la qualité de vie des
personnes, leurs
relations sociales, et peuvent se répercuter lourdement sur le
cours de leur existence (une enquête de la
Caisse nationale d'assurance maladie réalisée en
1978 situait les troubles mentaux en première cause de l'entrée en
invalidité) ;
-
beaucoup de ces troubles sont extrêmement durables ;
-
ils affectent également les proches de la personne ;
-
pour l'ensemble des raisons énumérées ci-dessus, le coût en est,
pour la
collectivité, important.
Il
convient donc de s'attacher en premier lieu à répondre aux besoins
patents.
2.
Il est impératif aujourd'hui d'envisager les problèmes de santé
publique sous un
angle élargi et selon une conception positive et dynamique de la
santé : en cherchant à promouvoir des facteurs
de santé, en s'intéressant davantage aux aptitudes
des individus et des groupes vis-à-vis de leur santé. Pour ce faire,
trois niveaux sont à considérer : l'individu, la
famille et le groupe social ou communauté.
Ces
concepts recèlent, en matière de santé mentale, des difficultés particulières
(quant à l'évaluation de l'état de
santé d'un individu ou d'une population,
notamment) ; c'est là un domaine en pleine évolution. C'est dans un esprit de recherche et de concertation que pourra être
élaborée une politique de santé mentale
finalisée sur des objectifs de développement de la santé mentale, et non plus seulement de
lutte contre les maladies mentales.
3.
Cette ouvertures du champ d'action, de la lutte contre les maladies
mentales à la
notion de santé mentale, implique d'associer aux spécialistes et professionnels de santé d'autres acteurs, d'envisager
des formes de partenariat avec les
collectivités territoriales et les associations et de développer information et
concertation.
Elle
implique aussi des stratégies en paliers : les spécialistes en
psychiatrie se
situent tout à la fois en 'première ligne', les patients pouvant
avoir recours directement à eux, et en 'seconde
ligne', agissant notamment par le conseil et la
formation des professionnels auxquels la population s'adresse le plus souvent, ou qui se trouvent confrontés à des
situations clés pour la santé mentale.
II.
- Le constat
Malgré
les procès accomplis depuis trente ans, se posent encore aujourd'hui
des problèmes de
connaissance et d'utilisation des ressources en matière de santé mentale, principalement :
1.
Une connaissance très insuffisante des problèmes de santé mentale
de la population
;
2.
Une utilisation imparfaite des services par la population (des recours
tardifs, une utilisation trop*importante des voies de
'l'urgence'...) due, pour partie du mois, à une
insuffisance d'accessibilité des services et à un manque d'information
;
3.
Une disparité très importante du dispositif de soins, source
d'inquiété pour la
population ; des lacunes dans la qualité des services spécialisés (disponibilité, formation et évaluation insuffisante)
; une motivation et une compétence très
inégale vis-à-vis des problèmes de santé mentale dans le secteur des soins généraux
(médecine de ville ou hospitalière) ;
4.
Des réponses du système de soins encore trop rigides, ne prenant pas
assez en considération
la situation des personnes dans l'ensemble de ses composantes ; des prises en charge à temps complet encore beaucoup
trop fréquentes et prolongées, ajoutant la
chronicisation à la chronicité propre au processus de la maladie
;
5.
Un manque de coordination au sein des services et entre les services
ou acteurs de
santé mentale ; des cloisonnements au sein du système de soins et notre système de soins et
autres services de la communauté ;
6.
Une prise en compte insuffisante des demandes d'information des
familles et de l'aide à leur apporter;
7.
Un manque de solidarité dans la communauté ; une désinsertion
encore très importante
des personnes malades, une carence en moyen d'aide à la vie quotidienne
et au travail ; un manque de soutien à leur entourage. Une utilisation
insuffisante ou mal conduite des capacités du groupe social ;
8.
Une représentation dépréciative des troubles de santé mentale et
de la psychiatrie
dans l'opinion publique, qui gêne l'accès aux soins, la prévention
et la réinsertion sociale.
III.
- Les orientations de la politique de santé mentale
En
considération des buts à atteindre et des problèmes rencontrés, il
convient dans les
prochaines années de conduire la politique de santé mentale selon
six axes ou
orientations qui se conjuguent et se renforcent mutuellement :
1.
Améliorer la connaissance sur l'état de santé mentale de la
population, les facteurs
concourant à la santé ou à la maladie, les stratégies de santé
des individus et
des groupes, l'efficacité des systèmes et actions de santé mentale;
2.
Donner aux personnes les moyens de résoudre leurs problèmes de
santé mentale :
-
informer et éduquer ;
-
améliorer l'accès aux soins ;
-
réaliser la meilleurs offre de soins possible : accroître la
pertinence et la
qualité des services : diversité, souplesse, complémentarité, coordination, évolutivité. Pour cela, accroître la
compétence des personnels : formation,
mobilité, participation à la recherche, évaluation des actions ;
-
veiller au respect des droits des patients et de leur famille et, chaque fois que
nécessaire, à leur protection ;
3.
Valoriser l'ensemble des ressources de santé mentale ; développer
les échanges avec
la population, plus précisément avec les professionnels et non-professionnels
glissant dans le champ de la santé mentale ou concernés par lui
;
4.
Prévenir les effets indésirables produits par le système de soins
et notamment
la perte d'autonomie des personnes prises en charge ;
5.
Pallier les conséquences des problèmes de santé mentale sur la vie
des personnes et de
leur entourage, participer à l'insertion sociale des personnes malades ;
6.
Développer une prévention 'ciblée' : agir sur les situations de
risque, de vulnérabilité
des individus, repérées grâce à l'expérience clinique.
Ces
orientations doivent être renforcées en direction de certains
groupes de population,
notamment :
-
les personnes âgées, en raison de leur particulière vulnérabilité
aux problèmes de
santé mentale et de leurs plus grandes difficultés d'accès aux soins Le vieillissement de la population en fera un
problème de santé publique croissant
et à moyen terme prévalent ;
-
les enfants et adolescents pour qui la précocité d'interventions de qualité est déterminante
sur leur évolution psychopathologique future.
TITRE
II
PRINCIPES
GÉNÉRAUX D'ORGANISATION ET DE COORDINATION DU DISPOSITIF PUBLIC ET
PRIVE DE SANTÉ
MENTALE
I.
- Configuration générale du dispositif de santé mentale
1.
Description :
Notre
dispositif de santé mentale associe les services et professionnels spécialisés en
psychiatrie, les services et professionnels des soins généraux; et
d'autres acteurs, organisés en associations.
Ce
dispositif de santé mentale constitue le ressort de la politique de
santé mentale, et
en son sein, les services et soignants spécialisés ont un rôle moteur à jouer. Mais ce dispositif ne représente pas
à lui seul l'ensemble des ressources
en matière de santé mentale.
Ces
ressources comprennent en effet de nombreux partenaires dans la
communauté, en
particulier d'autres professionnels (les assistants de service
sociale, partenaires privilégiés, les
personnes travaillant dans les institutions sociales
et médico-sociales, le juge des enfants et les personnels des
services de l'éducation surveillée, etc.), le
juge des tutelles, des élus (conseillers généraux
et maires), des personnes bénévoles, etc.
Chaque
composante de ce dispositif très diversifié a un rôle à jouer.
Complémentarité
et coordination sont les gages du bon fonctionnement du système.
Il
importe de rappeler les rôles et missions de ses éléments
principaux.
2.
Rôles et missions :
2.1.
La psychiatrie de service public, organisée en secteurs, comprenant
les établissements
hospitaliers public (centres hospitaliers spécialisés et centres hospitaliers généraux comportant des services de
psychiatrie) et les établissements
psychiatriques privés participant au service public, répond à des missions et obligations :
a)
Ce sont d'abord les missions et obligations énoncée dans la loi du
31 décembre 1970
portant réforme hospitalière et dans les lois n° 85-572 du 25 juillet et n° 85-1468 du
31 décembre 1985 :
-
l'accès pour tous aux prestations offertes. Cette mission comporte
une démarche
particulière à l'égard des populations les plus démunies, qui
n'ont pas aisément
accès aux soins ;
-
la mise à disposition de la population d'une gamme diversifiée de
services incluant les soins d'urgence, permettant d'assurer la
permanence et la continuité
des soins vingt-quatre heures sur vingt-quatre, comportant des prestations
au lieu de résidence des patients ;
-
la prévention ;
-
la participation à la formation initiale ou continue des personnels médicaux et paramédicaux
;
-
la participation à la recherche, qu'elle soit fondamentale, épidémiologique ou
clinique ;
-
le conseil des praticiens non hospitaliers qui le sollicitent.
b)
Ce sont, pour les établissements et services agréés à cet effet,
les missions et
obligations résultant des dispositions de la loi relatives au
placement des patients.
Par
ailleurs, la psychiatrie publique sectorisée a une double
spécificité importante
: d'une part, les soins ambulatoires y sont généralement gratuits
et, d'autre part, les prestations rendues par
une équipe pluridisciplinaire peuvent avoir
une importante composante sociale.
De
l'ensemble de ces missions et de cette spécificité, il résulte que
la psychiatrie
publique a nécessairement, bien que non exclusivement, en charge une population extrêmement démunie, et le plupart des
patients les plus invalidés par
la maladie.
Ces
missions ne sont pas aisées à remplir ; elles demandent au
établissements de soins
qui participent au service public créativité autant que
persévérance.
2.2.
Les établissements de soins spécialisés privés, à but lucratif ou
non lucratif,
complètent le dispositif institutionnel spécialisé.
Il
peuvent trouver en l'absence des contraintes tenant aux missions de
service public des
facilités pour des innovations thérapeutiques et institutionnelles qui bénéficient à
l'ensemble du dispositif.
Leurs
prestations, dont la gamme n'a pas l'étendue rencontrée dans le
service public,
répondent à des besoins généralement assez précis, variant d'un établissement à l'autre.
2.3.
Les psychiatres, psychologues et autres professionnels spécialisés d'exercice libéral proposent des prestations
caractérisées par la relation duelle entre
thérapeute et patient. Leurs soins répondent à une importante part des besoins de santé mentale et, notamment, aux
besoins d'une population ayant une
certaine autonomie et facilité dans le recours aux soins.
2.4.
Les médecins généralistes sont très fréquemment les premiers
soignants consultés
sur les problèmes de santé mentale. Ils sont en position de
résoudre bon
nombre de ces problèmes ou d'orienter les personnes vers les services
ou praticiens spécialisés dans les meilleures conditions.
Il
en est également ainsi des pédiatres, des services de protection
maternelle et
infantile, de santé scolaire, de médecine du travail, des personnels
soignants exerçant dans des institutions sociales et
médico-sociales, des infirmiers des services de
soins à domicile pour personnes âgées, et des infirmiers
exerçant en libéral, notamment dans leurs contacts avec les
personnes âgées.
L'ensemble
de ces soignants prend en charge une part majeure des problèmes de santé mentale. Leur
importance stratégique est considérable.
2.5.
- Les services d'urgence générale sont amenés à intervenir très
fréquemment sur
des problèmes de santé mentale. Ils sont, comme les praticiens
généralistes, en position de résoudre une
part de ces problèmes, ou d'orienter pour la meilleure
réponse possible.
2.6.
Les associations réunissent des parents, familles et amis de malades mentaux, des malades ou anciens malades, ou des acteurs
de santé mentale d'horizons variés, pour la
promotion d'action innovantes ou complémentaires des prestations
offertes dans les services de soins. Elles établissent des réseaux de solidarité. Certaines d'entre elles créent et
gèrent des structures de soins ou d'aide
destinées aux malades mentaux. Elles sont, pour la population, des interlocuteurs et des appuis indispensables et, pour
les services de soins (et notamment
les services spécialisés), des partenaires sans équivalent.
3.
Votre rôle s'étend à l'ensemble de ce dispositif :
a)
En matière de planification, vous veillerez tout particulièrement à
ce que l'élaboration
des schémas départementaux de santé mentale soient en totale cohérence avec les perspectives régionales à moyen
terme,; conformément à la procédure
explicitée par la circulaire du 21 décembre 1987, présentant le
'guide de
planification en santé mentale'.
A
ce titre, préfets de région et préfets de département doivent agir
en parfaite concertation
et coordination afin d'éviter une juxtaposition de schémas départementaux
d'organisation non complémentaires, ne respectant pas les priorités
définies au plan régional.
b)
Il vous appartient de veiller à la coordination de l'ensemble de ce dispositif par la concertation, dans le conseil
départemental de santé mentale, que vous
présidez et que vous devez réunir régulièrement, en vous assurant
que, à défaut d'une représentation suffisante
dans le conseil, une large participation des
professionnels concernés par la santé mentale est assurée dans les groupes de travail en émanant conformément aux
recommandations de la circulaire
n° 88-612 du 23 juillet 1986.
c)
Il vous échoit d'approuver les autorisations d'équipements des
établissements sanitaires
concernés, de les contrôler, ainsi que d'autoriser les équipements sanitaires de certaines institutions sociales et
médico-sociales accueillant des populations
dont les besoins en matière de prévention et soins de santé mentale
sont importants (notamment des enfants ou des personnes
âgées), et d'y impulser une
authentique politique de santé publique.
II.
- Le secteur psychiatrique
1.
Les objectifs et principes de la sectorisation psychiatrique :
La
sectorisation psychiatrique amorcée avec les circulaires du 15 mars
1960 et du
16 mars 1972 vise actuellement trois objectifs principaux :
-
la promotion d'action propres à éviter l'émergence, le
développement et la
persistance d'affections mentales : prévention, prestations de soins ambulatoires,
hospitalisation recentrée sur sa vocation thérapeutique,
participation à la meilleure insertion sociale possible des malades
mentaux ;
-
une proximité des services auprès de la population propre à
faciliter l'accès
aux soins pour la population, à permettre des soins plus précoces,
à permettre les suivis ambulatoires et un
maintien des malades dans leur milieu naturel,
et à favoriser pour les équipes de santé mentale une juste
appréhension des besoins de la population et une juste évaluation de
leurs actions ;
-
la coordination entre acteurs de santé et autres intervenants de la communauté dans le champ
de la santé mentale.
Pour
cela, la sectorisation se fonde sur cinq principes d'organisation :
-
un partage de chaque département en territoires d'action nommés secteurs psychiatriques ;
-
la mise en place d'une équipe pluridisciplinaire ;
-
le développement d'un équipement diversifié placé au plus près
des populations
à servir ;
-
une intégration aux soins généraux soit directement (présence de l'équipe spécialisée dans les services), soit
indirectement (prestations de conseil et de
formation auprès des médecins et de l'ensemble du personnel soignant)
;
-
la mise en place d'instances de concertation au plan départemental et
local.
L'organisation
sectorielle a dans l'ensemble montré sa pertinence vis-à-vis des objectifs énoncés. Si sa mise en oeuvre a été
longue, et reste très inégale sur le
territoire national, les dispositions légales et réglementaires de
1985 et 1986 portant sur l'organisation et le
financement de la psychiatrie publique ont permis
de lever les principaux freins à son plein développement. De ces conditions nouvelles et à l'occasion de l'élaboration
des schémas départementaux d'organisation des
équipements et servies de lutte contre les maladies mentales, vous
impulserez avec les équipe de secteur et les équipes de direction
des établissements un développement
significatif de sectorisation psychiatrique dans le
respect des objectifs poursuivis.
Cependant
l'expérience de près de trente ans de mise en place et de fonctionnement de ce mode d'organisation ainsi que les
évolutions techniques et sociales
conduisent aujourd'hui à certains réajustements.
2.
Caractéristiques du secteur psychiatrique :
Les
secteurs psychiatriques mentionnés à l'article L. 326 du code de la
santé publique,
aux articles 4 ter, 5 et 44 de la loi n° 70-1318 du 31 décembre 1970
portant réforme hospitalière ainsi qu'à l'article
1er du décret n° 86-602 du 14 mars
1986 répondent à une triple définition :
a)
Le secteur psychiatrique mode d'organisation des actions de lutte
contre les maladies
mentales et des actions de santé mentale mises en oeuvre par le dispositif public de
psychiatrie.
Le
secteur psychiatrique constitue pour la psychiatrie publique le mode d'organisation privilégié permettant aux
établissements hospitaliers publics et privés
participant au service public de mettre à la disposition d'une
population résidant sur une aire géographique
donnée une gamme de prestations diversifiées de
prévention, de diagnostic, de soins et de réinsertion, notamment
dans le cadre des équipements et services
définis par l'arrêté du 14 mars 1986, au sein desquels
le centre médico-psychologique assure une fonction de pivot.
L'équipe
pluridisciplinaire placée sous l'autorité d'un psychiatre
hospitalier constitue,
dans chaque secteur, la base de cette organisation. Elle doit garantir
aux malades la continuité, la complémentarité et la coordination
des prestations et prises en charge nécessaires
dans et l'hôpital. Cette équipe et l'ensemble
des moyens matériels, immobiliers et mobiliers dont elle dispose quel
que soit le lieu dans le secteur constitue la 'plateau
technique de psychiatrie de
secteur'.
Le
rôle du directeur et de l'équipe de direction des établissements
s'étend à l'ensemble
des moyens mis en oeuvre. Le personnel administratif et les services techniques et généraux concourent à la gestion et à
la maintenance de ces moyens, soit qu'ils soient
attachés à un secteur particulier, soit qu'ils servent
l'ensemble des secteurs confiés à l'établissement.
Les
secteurs psychiatriques sont de trois ordres : secteurs de psychiatrie
générale, secteurs de psychiatrie infanto-juvénile,
secteurs de psychiatrie en milieu
pénitentiaire.
Du
fait de sa spécificité, l'organisation de la psychiatrie en milieu pénitentiaire a déjà fait l'objet d'une circulaire
particulière n° 1164 du 5 décembre 1988. Y
sont abordées notamment les questions de relation avec les secteurs
de psychiatrie générale.
Le
partage entre secteurs de psychiatrie et secteurs de psychiatrie infanto-juvénile appelle
quelques commentaires (cf. le paragraphe 3.1 b).
b)
Le secteur psychiatrique, aire de concertation et de coordination
des actions à
conduire au plan local avec l'ensemble des partenaires directement ou
indirectement concernés par les problèmes de santé mentale.
Les
conseils départementaux de santé mentale, instituée par la loi du
25 juillet 1985,
dont la composition, le rôle et les modalités de fonctionnement ont
été précisés par le décret du 14 mars 1986
et la circulaire du 23 juillet 1986, constituent
les instances privilégiées de concertation pour mettre en oeuvre une
politique de santé
mentale adaptée aux caractéristiques de chaque département.
Je
tiens à souligner votre rôle, au sein de ces conseils
départementaux de santé mentale.
De la manière dont vous impulserez et conduirez l'expression des
idées et la concertation dans ces conseils la
politique de santé mentale nationale, peut
dépendre la qualité de sa mise en oeuvre dans votre département.
Vous
aurez tout particulièrement soin, pour les années à venir, d'y
concerter le schéma
départemental d'organisation puis les programmes de mise en oeuvre
qui en découleront, ainsi que le réexamen
périodique du schéma départemental d'organisation
prévu dans le 'guide méthodologique de planification en santé mentale'. Vous prévoirez d'ores et déjà les
protocoles d'évaluation de ces programmes dont
un bilan vous sera demandé au terme des cinq années prévues pour la première phrase de
transformation du dispositif de santé mentale.
Le
conseil départemental de santé mentale ne saurait cependant absorber
l'ensemble des problèmes particuliers de coordination
et de concertation existant sur le terrain.
C'est pourquoi, les équipes de secteur psychiatrique peuvent
très utilement compléter le dispositif de concertation
départemental par des instances de coordination
à un échelon suffisamment proche des préoccupations
locales et largement ouvertes aux acteurs de santé mentale (cités au paragraphe I.1 du
présent titre), telles que des conseils de secteur.
Ces
conseil pourraient notamment :
-
étudier et résoudre les problèmes d'articulation, de coordination
et de coopération
entre ces divers acteurs ;
-
mobiliser les complémentarités entre les praticiens libéraux et les
infrastructures publiques ou associatives (sanitaires, sociales et médico-sociales) pour
faciliter les orientations des malades ;
-
produire les informations et les propositions nécessaires aux travaux
des conseils départementaux de santé mentale et
concrétiser sur le terrain les recommandations
de cette instance.
Il
est important de bien situer le rôle des équipes spécialisées du
secteur psychiatrique
vis-à-vis de l'ensemble des acteurs de santé et acteurs sociaux de la communauté. Bien évidemment il n'appartient pas
aux spécialistes de la psychiatrie de se
substituer aux soignants auxquels a recours la population en raison
de problèmes de santé mentale ni de médicaliser tout problème
social. Il s'agit au contraire d'aider les
autres intervenants à trouver face au problèmes de
santé mentale et dans leur rôle propre la meilleure attitude. Une
partie de l'action des équipes de secteur est
ainsi 'médiatisée'. Il s'agit également de favoriser
et accompagner l'initiative communautaire.
Inversement,
il est indispensable que ces équipes reçoivent des informations sur la vie de la communauté
et un retour de leurs actions permettant une évaluation.
Le
secteur psychiatrique, en tant qu'aire géographique, est la meilleure
base pour
l'organisation de ces échanges et l'élaboration de leur base pour l'organisation de es échanges et l'élaboration de
programmes d'action concertés sur le terrain.
Les conseils de santé mentale de secteur en sont le moyen. Pour la meilleure coordination possible, vous encouragerez
à la formation de ces conseils, et vous
inciterez à ce qu'ils soient prévus en commun, entre secteurs de psychiatrie générale
et secteur de psychiatrie infanto-juvénile.
c)
Le secteur psychiatrique, base de planification en santé mentale
Le
secteur psychiatrique est la circonscription géographique
élémentaire servant de
base avec le département et la région, à la planification de
l'ensemble des équipements de lutte contre les
maladies mentales ; à ce titre et conformément à l'article
44 de la loi n° 70-1318 du 31 décembre 1970 portant réforme hospitalière,
c'est dans ce cadre - outre le cadre régional - que le ministre de la santé arrêté, après avis du conseil
départemental de la santé mentale, des indices
déterminant l'importance des installations comportant ou non des possibilités d'hospitalisation nécessaire pour
répondre aux besoins de la population.
Le
guide méthodologique de planification en santé mentale présenté
par la circulaire
du 21 décembre 1987 précise la méthode retenue, qui consiste à prendre en compte la réalité des besoins locaux dans
la spécificité propre à chaque
secteur (ce point est développé au titre III, III).
3.
Questions relatives à l'organisation et aux missions du secteur :
Certains
problèmes ou certaines questions relatives à l'organisation
sectorielle sont souvent apparues et demandent quelques précisions.
3.1.
Questions relatives à l'organisation sectorielle :
Limiter
l'hospitalisation aux strictes nécessités thérapeutiques ne
signifie bien
entendu pas supprimer toute capacité d'hospitalisation. Les missions
et obligations de service public imposent à
tout secteur d'offrir une prise en charge
vingt-quatre heures sur vingt-quatre lorsque cela est nécessaire aux soins en particulier lors de situations de crise (et a
fortiori lors du placement
d'un patient).
Vous
veillerez particulièrement à ce que les secteurs de psychiatrie infanto-juvénile au niveau de votre département ne se
démunissent pas de tout moyen d'offrir ces
soins à temps complet, selon des modalités qui peuvent d'ailleurs
être diverses (hospitalisation proprement dite, mais aussi articulation
avec les services de pédiatrie, placement familial thérapeutique, centres de crise pour
adolescents...).
f)
La psychiatrie à l'hôpital général
La
création en hôpital général d'unité d'hospitalisation, de
structures de consultation,
soins à temps partiel ou accueil des urgences spécialisées en psychiatrie reste un excellent moyen de faciliter
l'accès aux soins de la population et d'assurer
une bonne coordination avec les soins somatiques. Dans certains
cas, cette collaboration peut même aller jusqu'à la création d'un département commun.
Pour
ces objectifs, le rattachement de secteurs de psychiatrie à des
hôpitaux généraux
demeure ainsi l'une des priorités de la politique nationale dès lors
qu'il permet de les
réaliser et d'améliorer la coordination.
Ce
rattachement suppose que la politique de l'établissement ne
défavorise pas la psychiatrie
en faveur des autres disciplines. Vous réaliserez ainsi une gestion plus proche des malades, de leur famille et des acteurs
de la communauté et s'appuyant sur les centres
hospitaliers spécialisés et les centres hospitaliers généraux.
Si
le rattachement n'est pas possible, le centre hospitalier spécialisé
passera convention
avec le centre hospitalier général pour y implanter une ou plusieurs
structures.
Ces
créations ne peuvent toutefois se réaliser que si les impératifs particuliers aux techniques de soins psychiatriques
sont prix en considération et si la tolérance
de l'ensemble des milieux hospitaliers a fait l'objet d'une réflexion
préalable et, éventuellement, des aménagements adéquats.
En
règle générale, il convient d'encourager à la mise en place de
conventions et tout
autre engagement de services mutuels afin de renforcer les relations
entre hôpitaux spécialisés et hôpitaux
généraux, selon les modalités prévues par la loi
de 1970 portant réforme hospitalières.
g)
La diversification des pôles d'activité selon les catégories de
patients
La
diversification des modes de soins en psychiatrie est double : depuis l'origine de la sectorisation, les modes de soins se
sont diversifiés dans leur nature jusqu'à la
gamme que nous connaissons aujourd'hui, des interventions aux lieux
de résidence des patients à l'hospitalisation à temps complet. Plus récemment, s'est ajoutée une diversification par
catégorie de patients selon l'âge ou la
pathologie et notamment le développement de prestations destinées
spécialement aux nourrissons, aux adolescents, aux personnes âgées,
aux grands déficients mentaux, aux enfants autistes,
aux jeunes adultes psychotiques...
Ceci
s'accompagne en général d'une division de l'équipe selon une
'spécialisation' de ses membres vers l'un ou l'autre domaine. Cette
évolution peut être favorable à un meilleur service aux patients,
car elle vise à la meilleure utilisation des
compétences et des motivations et à une haute
technicité, mais à condition de veiller à ce que ne se constituent
pas de filières étanches ni de clivages au
sein de l'équipe : la concertation et la coordination
au sein de l'équipe et la mobilité des personnes (patients et personnels) d'un pôle à l'autre doivent être
d'autant plus soigneusement étudiées. La
diversification en doit pas s'opposer à la continuité des soins, laquelle n'étaient plus aujourd'hui à la seule
personne du soignant : c'est la permanence,
l'articulation et la cohérence du cadre de services dans lequel les patients évoluent qu'il
convient d'assurer.
Bien
entendu, cette diversification trouve ses limites dans la nécessité d'éviter toute dispersion préjudiciable à un
accomplissement des missions de service
public dont l'équipe de secteur est responsable.
h)
Les structures intersectorielles
La
diversification ci-dessus évoquée amène que dans les cas où il
n'est ni utile ni
possible que chaque secteur s'équipe pour une prestation
particulière, soit envisagée la création
d'une structure intersectorielle, à laquelle plusieurs secteurs
contribuent.
Un
telle création peut se fonder sur une simple convention entre les responsables de secteurs qui lui attribuent des moyens
placés sous la responsabilité de l'un d'eux.
Cependant, pour une moindre vulnérabilité, il est préférable
lorsque c'est possible de créer un département hospitalier et d'en appliquer avec soin les dispositions, qui constituent
une garantie de fonctionnement
(notamment l'établissement du règlement intérieur).
Par
ailleurs, une telle organisation impose, comme rappelé ci-dessus, une
particulière attention à respecter les principes
fondamentaux de continuité, d'articulation, de
coordination au sein de chaque secteur, mais aussi entre eux.
Il
faut noter que l'aire d'attraction d'une structure n'est pas
nécessairement liée à son caractère
intersectoriel ou non. Même mise en oeuvre par un seul secteur,
une structure peut être à vocation intersectorielle, voir (notamment
en psychiatrie infanto-juvénile)
interdépartementale ou même interrégionale. Dans ces
cas, il est souhaitable que les relations entre le secteur qui offre
un service particulier et les secteurs
susceptibles de lui adresser des patients fassent
l'objet d'une concertation, éventuellement formulée sous forme de convention.
3.2.
Questions relatives aux missions de soin et de prévention :
a)
Éviter une psychiatrie à deux vitesses
La
création d'une nouvelle unité d'hospitalisation psychiatrique (à
l'hôpital général
ou en un quelconque lieu du secteur), lors de la création d'un
secteur, ou lors du changement de rattachement
hospitalier d'un secteur par exemple, ne saurait
être l'occasion d'instituer une double filière d'hospitalisation :
l'une destinée aux hospitalisations coures, et
l'autre destinée aux hospitalisations prolongées,
supportant le poids de la chronicité et moins investie en moyens et en projets.
Il
est inévitable que les capacités de ces nouvelles unités, conçues
pour les besoins
futurs, ne puissent permettre d'accueillir tous les patients du
secteur déjà hospitalisés depuis longtemps en
centre hospitalier spécialisé et dont la sortie
n'est pas envisagée à court terme. Il reste alors au centre
hospitalier spécialisé, en général, une
unité d'hospitalisation, avec les patients dits chroniques.
Vous
n'autoriserez de tels projets que dans la mesure où sera programmée,
selon des
échéances précises, une évolution telle que les hospitalisations s'effectuent toutes dans un même lieu et que des
projets de réadaptation dynamiques soient liés
en oeuvre pour les patients resté au centre hospitalier spécialisé,
dont l'équipe de secteur reste responsable.
D'une
manière générale, selon les principes évoqués ci-dessous, il
serait inadmissible
que s'établisse, entre centre hospitalier général et centre hospitalier
spécialisé, ou au sein des centres hospitaliers spécialisés, une psychiatrie à deux niveaux : une psychiatrie dite
active pour les patients présentant de
pathologie aiguës et rémissibles et une psychiatrie et gardiennage pour les patients les plus
invalidés.
b)
'Chronicité' et 'chronicisation'
Les
équipes de secteur se trouvent inévitablement confrontées au
problème de la durabilité
et de la tendance évolutive déficitaire de certaines maladies mentales, et particulièrement de la psychose. Elles
sont amenées à prendre en charge certains
patients pendant des années, voire des dizaines d'années, selon des phases plus ou moins
longues et répétées et parfois quasi en permanence.
L'utilisation
adéquate de l'ensemble de la gamme des prestations de secteur peut permettre à ces patients de conserver ou retrouver des
capacités de mobilisation et d'investissement
personnel, et permet de lutter contre la chronicité définie ci-dessus.
Cette psychiatrie au long cours n'en est pas moins paradoxalement une psychiatrie très active.
Si
la chronicité est le fait de la maladie, la chronicisation est la
fait des institutions.
La chronicisation ne se définit pas en termes de durée de prise en charge, mais comme abandon de tout projet et absence de
perspectives pour un patient. Il n'est pas
question d'établir quelque norme fixant des termes aux prises
en charge en psychiatrie. Il s'agit pour les équipes de définir avec
chaque patient et son
entourage des échéances pertinentes.
Il
est clairement apparu que la chronicisation n'est pas l'apanage de l'hospitalisation à temps complet ; les structures de
soins à temps partiel peuvent également en
être le lieu ; aucune institution de soins en psychiatrie n'est
à l'abri de cette dérive si elle n'est pas le lieu d'un projet
élaboré et évolutif,
et si elle ne s'impose pas une évaluation constante de son action.
Vous
prendrez garde aux fonctionnement des structures de soins à temps
partiel tout
autant que des structures de soins à temps complet.
c)
L'obligation de soins
L'"ouverture"
des services a pu rendre plus difficiles les soins aux patients placés ou aux patients en phase
d'agitation, confus, ou opposants. elle ne
saurait cependant servir de prétexte à refuser la prise en charge
de certains patients.
Chaque
secteur doit faire face aux obligations que lui confère la loi en ce
qui concerne le
placement des malades. Plus généralement, chaque secteur doit faire face aux obligations de soins du service public en
toute circonstance, même et surtout lorsque
l'état du patient rend difficile de lui apporter ces soins et nécessaire
une surveillance attentive.
Rien
ne s'oppose, toutefois, à ce que des aménagements soient envisagés
et organisés
ponctuellement entre secteurs, pour des patients ayant développé à l'égard d'une équipe des relations très
conflictuelles et qu'il vaut mieux confier aux
soins d'une autre équipe, ou pour faciliter la prise en charge de patients nécessitant pour un temps donné une
attention très particulière qui puisse
être mieux assurée dans un autre secteur.
Le
recours aux unités de malades difficiles doit rester (ou redevenir)
limité aux
strictes indications de ces unités. Le secteur qui adresse à une
unité de malades difficiles un patient garde
une responsabilité à l'égard de ce patient et
doit s'engager, soit à la recevoir à la sorite de l'unité de
malades difficiles, soit, si les circonstances
l'exigent, à organiser l'accueil par un autre
secteur.
d)
Des patients sans domicile fixe
Un
problème particulier se pose, dans les grandes villes
essentiellement, avec l'arrivée
en urgence, dans certains secteurs, de nombreux patients sans domicile
fixe, ou résidant sur un autre secteur. Le problème
vient du nombre de ces patients constituant pour
ces secteurs une charge souvent lourde, ou des circuits
préjudiciables aux patients, qui s'effectuent entre établissements.
Cette
situation doit trouver sa solution dans l'organisation entre
l'ensemble des
secteurs du département pour une répartition équitable de cette
charge, et ce, dans le souci d'apporter
rapidement au patient les soins d'une équipe de secteur,
et tenant compte des soins précédemment apportés, dans le respect
de la continuité.
e)
La mission d'intervention à l'hôpital général
La
coopération entre secteurs de psychiatrie et hôpital général doit
être développée,
que les secteurs y soient implantés ou non. Elle concerne de nombreux
services, et principalement les services d'urgence, de pédiatrie, de médecine interne, de
maternité et de néonatologie...
Le
rôle d'une équipe de secteur auprès des services de l'hôpital
général peut être
:
-
un rôle de consultant et de conseil à propos de certains patients
ou du fonctionnement
du service ;
-
l'élaboration et la mise en oeuvre en commun de projets
thérapeutiques, pour
certains patients hospitalisés présentant des troubles
psychiatriques ;
-
la collaboration à l'accueil des urgences ;
-
la mise en oeuvre en commun d'une activité, dans des domaines où
soins somatiques
et soins psychiatriques sont étroitement intriqués, comme en
matière de
suicide, ou de psychogériatrie, ou de soins aux adolescents, par
exemple.
Les
secteurs de psychiatrie doivent se faire connaître et proposer des prestations, inciter à une coopération ; comme déjà
indiqué, les modes de collaboration peuvent
donner lieu à des conventions ou même à la création d'un département
commun.
Lorsque
plusieurs équipes sont concernées, il est indispensable qu'une concertation entre elles amène à une cohérence de
ces relations et à une bonne coordination des
interventions, notamment dans un souci d'efficacité médicale et d'économie des moyens.
Ces
dispositions n'excluent annuellement qu'un service d'hôpital
général s'attache
la collaboration d'un psychiatre ou d'un psychologue qui n'appartienne
pas aux équipes de
secteur.
f)
La mission d'intervention dans les institutions du secteur
Une
attention particulière est à apporter au développement des
relations entre les
équipes de secteur psychiatrique et les institutions sanitaires,
sociales et médico-sociales
implantées sur leur secteur.
Il
n' s'agit pas d'imposer une intervention du secteur psychiatrique en
toute institution
sanitaire, sociale ou médico-sociale recevant des personnes pouvant présenter des troubles mentaux, mais de veiller à ce
que les populations accueillies dans ces
institutions aient accès à des soins psychiatriques en tant que
de besoin.
A
cet effet, les équipes éventuellement proposer des prestations, dans
les longs séjours
pour personnes âgées, dans les maisons de retraite, et plus
généralement en tout lieu d'accueil,
d'hébergement, d'éducation et d'aide au travail où il apparaît
que des prestations pourraient être utiles aux personnes accueillies.
Ces
prestations peuvent être des prestations de conseil auprès des
institutions et de
leur personnel comme des prestations de soins auprès des personnes accueillies.
g)
La mesure de l'activité
Une
meilleure connaissance de la population utilisant les services de la psychiatrie publique, ainsi que des prestations qui lui
sont rendues, et de leur évolution,
est indispensable à la conduite de la politique de santé.
Le
recueil des informations selon la méthode de la fiche par patient
permet de produire
l'information nécessaire sur le nombre et les caractéristiques des personnes s'adressant au secteur psychiatrique et sur
le volume et la distribution
des prestations rendues.
Il
convient de prendre les chiffres obtenus pour ce qu'ils représentent
et notamment de ne
pas assimiler les moyennes observées (quant à la file active, par exemple à une quelconque norme. Les chiffres de
chaque secteur demandent à être explicités
dans un dialogue avec les équipes de secteur et les équipes de direction des établissements. Les interprétations
sommaires, surtout si elles s'assortissent
d'implications pratiques, ne pourraient qu'amener une dérive du système d'information et
une déformation de l'observation.
En
outre, ce recueil de l'information par patient ne suffit pas à
mesurer toute l'activité
de équipes de secteur : celles-ci, pou répondre à leurs missions, consacrent nécessairement du temps à maintenir la
permanence d'un accueil, et à des activités de
prévention, d'information, de régulation et conseil au sein d'institutions
sociales et médico-sociales, de recherche et de formation. Les rapports de secteurs font
apparaître l'ensemble de ces activités.
Enfin,
ce recueil national, nécessairement simple, ne peut non plus
permettre de rendre
compte du temps réellement passé pour les patients, lequel comporte
des démarches hors leur présence, et du temps
de régulation et coordination (sans lequel le
fonctionnement pluridisciplinaire est un leurre), ni de l'intensité
ou de la qualité
des prestations.
Au
plan local, les secteurs peuvent affiner la mesure, développer des
systèmes plus
complexes, exploiter la fiche proposée au-delà de ce qui est exigé
pour les rapports d'activité de secteur,
élaborer des études et recherches épidémiologiques
et cliniques. En ce qui concerne les études épidémiologiques, elles peuvent être très fructueusement menées
conjointement par les équipes de secteur
et les médecins inspecteurs de la santé.
Enfin,
dans le cadre de l'hôpital, la mise au point d'un rapport annuel d'établissement devrait apporter un complément
d'information. Ce projet actuellement à
l'étude suppose que soient harmonisées l'ensemble des données recensées par les
différents systèmes statistiques existants.
TITRE
III
LA
TRANSFORMATION DU DISPOSITIF PSYCHIATRIQUE PUBLIC
I.
- Problématique générale
Notre
dispositif public de psychiatrie est, en l'état actuel, pour partie
encore inadéquat
pour atteindre les objectifs de santé mentale énoncés au tire Ier
et pour la réalisation des missions rappelées
au titre II de la présente circulaire.
Il
est encore beaucoup trop concentré et si on le compare aux
possibilités techniques
actuelles, trop consacré à l'hospitalisation à temps complet, supportée par une lourde infrastructure de services
généraux et d'entretien ; en regard, manquent
les structures et les personnes disponibles pour la mise en oeuvre
de la politique de santé mentale en secteur psychiatrique.
Cependant,
les réformes de 1985 et 1986 lui ayant donné la plein capacité de mettre en oeuvre la sectorisation psychiatrique, ce
dispositif fait preuve de son évolutivité ; il
contient, potentiellement, les moyens de la politique voulue.
Une
priorité pour les années à venir est donc la transformation du
dispositif public
et, essentiellement, la transformation des centres hospitaliers spécialisés, dans les perspectives et le respect des
principales de la sectorisation
psychiatrique.
Cette
transformation est à conduire avec diligence mais sans précipitation
:
Vous
vous défierez particulièrement de 'restructurations' spectaculaires
mais fallacieuses,
où la fonte des surcapacités hospitalières en psychiatrie n'est due qu'à un transfert formel vers d'autres types de
structures (sur le long séjour notamment à
sans réelle réflexion quant aux besoins à couvrir et à la meilleure
façon d'y pouvoir, au risque de reproduire et de fixer les surcapacités,
inadaptations et concentrations asilaires qu'il s'agissait de faire
disparaître.
Par
ailleurs, la missions de continuité du service public commande de ne
pas procéder à
des ruptures brutales de prise en charge des patients actuellement hospitalisés, pour lesquels il convient au contrainte
de conjuguer les efforts en vue de trouver des
relais et modes de continuité à cette prise en charge, tant
en ce qui concerne l'aide à la vie quotidienne que les soins.
A
l'inverse, l'hôpital psychiatrique ne doit plus être le lieu
d'exclusion ou de refuge
d'une population en difficulté sociale à laquelle les soins psychiatriques,
du moins les soins à temps complet, ne peuvent rien apporter.
L'hospitalisation en psychiatrie se prescrit, elle ne s'impose pas par
défaut d'autre solution. C'est
à dire que l'évolution du dispositif de psychiatrie publique va de
pair avec une évolution des modes de
solidarité et des pratiques sociales, et la construction
progressive de relais et de réseaux sociaux aptes à accueillir et soutenir les personnes qui
sont tributaires d'une aide autant que de soins.
Cette
construction ne peut être elle même que progressive. En retour, un développement des prestations psychiatriques (soins
ambulatoires, suivi, conseil de
l'entourage) peut la faciliter considérablement.
La
transformation des centres hospitaliers spécialisés doit donc amener
progressivement, mais sûrement, notre système de
psychiatrie publique à une bonne adéquation à
des fonctions de prévention et de soins de santé mentale modernes.
Principalement,
elle doit être l'occasion de développer, en cohérence avec les orientations de la politique de santé mentale définie
dans les titres précédents :
-
la qualité des soins, qu'ils soient à temps complet ou non, et une
meilleure maîtrise de
la perte d'autonomie des patients ;
-
les modes de soins ambulatoires, l'accueil, la réadaptation des patients, et une meilleure couverture de soins
psychiatriques des personnes hébergées
en structures sociales et médico-sociales ;
-
l'intégration des actions de santé mentale dans les soins
généraux et la
relation fonctionnelle avec l'ensemble des professionnels et
services de santé
;
-
la formation, la qualification des personnels et de leur encadrement
;
-
la prévention des troubles de santé mentale et la promotion de la
santé mentale,
notamment dans certains groupes exposés (jeunes enfants, personnes âgées...).
Dans
le cadre de l'élaboration des schémas départementaux d'organisation
présents et futurs, vous préciserez les objectifs à
atteindre et les priorités, et établirez les
programmes et le calendrier des transformations à opérer, en saisissant
toutes les opportunités d'un développement optimal.
Au
plan national, il importe toutefois de fixer des objectifs liminaux, correspondants au 'seuil fonctionnel' du dispositif de
secteur déjà évoqué, et qui devront
impérativement être atteints dans les cinq ans à venir en tout secteur psychiatrique (II), de préciser la procédure
(III) et d'énoncer les principes
et contraintes préalables à la transformation envisagée (IV).
II.
- Objectifs à atteindre en tout secteur psychiatrique dans les cinq
années à venir
1.
L'accueil :
La
fonction d'accueil en psychiatrie publique a deux composante : l'une
est relative à
l'accessibilité des services (il s'agit de faciliter le recours aux soins psychiatriques pour la population), et l'autre à
la réponse aux 'urgences'.
1.1.
L'accessibilité aux soins :
Elle
suppose que l'équipe psychiatrique se trouve disponible, là, et au
moment où la
population peut aisément accéder, et qu'une information fait été
faite au public.
L'organe
principal de l'accueil ainsi défini est le centre
médico-psychologique.
C'est
pourquoi il convient qu'en tout secteur de psychiatrie générale
existe au moins un
centre médico-psychologique implanté au sein du secteur ou à
proximité immédiate, en un lieu d'accès
facile par les transports en commun, et ouvert au moins
cinq jours par semaine (non compris les jours d'ouverture de ses
antennes éventuelles). Les jours et heures
d'ouverture doivent être tels qu'ils permettent
un contact hors heures de travail ou heures scolaires.
Au
centre médico-psychologique doit se trouver un secrétariat et des
soignants, en une organisation telle qu'un
rendez-vous puisse être donné pour une première consultation
dans un délai de quelques jours, et que des thérapies individuelles ou de groupe puissent y
être assurées dans de bonnes conditions.
Chaque
secteur doit organiser des soins psychiatriques en leur lieu de
résidence pour les
personnes âgées dépendantes ou les personnes polyhandicapées qui
le requièrent, ou dont l'entourage le
requiert;, éventuellement en association avec les
services de soins (somatiques) à domicile. Pour les autres
catégories de patients, adultes ou enfants,
l'équipe peut ou non proposer des interventions à leur
domicile selon leur option propre.
En
psychiatrie infanto-juvénile, l'équipe psychiatrique, pour être
insérée dans le
milieu naturel de l'enfant et de sa famille, doit disposer sur son
terrain d'action d'au moins deux centres
médico-psychologiques répondant aux critères déjà
énoncés (sauf cas très particulier de secteur urbain peu étend).
Chaque
secteur ou groupe de secteurs de psychiatrie infanto-juvénile
organisera l'accueil
spécifique des adolescents, éventuellement dans un lieu qui ne
dépend pas du
dispositif propre à la psychiatrie.
1.2.
La réponse à 'l'urgence' :
Une
bonne accessibilité des services et la disponibilité des équipes,
organisée dans les
centres médico-psychologiques, doivent réduire le recours aux soins
par les voies de
l"urgence'.
Reste
qu'en psychiatrie la demande urgente est fréquente et que le
dispositif d'accueil
et de réponse à ces urgences est à concevoir avec un soin
particulier.
Il
faut éviter les circuits prolongés et les nombreuses étapes, et
aussi se donner le
temps de comprendre, pour une réponse ou orientation adéquate. Au minimum, il est impératif de prévoir
prioritairement :
-
un point d'accueil spécifiquement psychiatrique, avec une permanence téléphonique, et présence, ou à défaut
disponibilité immédiate, d'infirmier de secteur
psychiatrique et d'un psychiatre, de façon à concevoir directement
un maximum de patients qui s'adressent ou sont
adressés en urgence à la psychiatrie publique
et procéder, dans de bonnes conditions d'écoute et d'examen, au
bilan et à la
recherche de solution.
Ce
point d'accueil peut être situé à proximité immédiate d'une
unité d'hospitalisation
psychiatrique, mais il ne doit pas lui être confondu : l'accueil
n'est pas l'admission en hospitalisation, laquelle ne se décide qu'après examen. S'il est implanté à l'hôpital
général, il doit être autant que possible
associé au dispositif d'urgence générale. Il peut s'agir d'un
service porte du centre hospitalier
spécialisé. Il peut s'agir d'un centre d'accueil vingt-quatre
heures sur vingt-quatre, éventuellement associé à un centre de crise ou un centre médico-psychologique selon les
termes de l'arrêté du 14 mars 1986. Dans tous
les cas il peut pourvoir aux interventions auprès des services d'urgence générale
évoquées ci-après.
-
une présence permanente de soignants psychiatriques (psychiatre et infirmier) dans les services d'urgence des centres
hospitaliers les plus importants, ou, à
défaut, un contact permanent de l'équipe de secteur psychiatrique
avec ces services, de telle façon qu'un psychiatre et un infirmier de secteur puisse y intervenir en tant que de besoin.
On se référera sur ce point aux dispositions
de la circulaire n° 326 du 15 février 1990 relative à l'amélioration
des conditions d'accueil des urgences dans les établissements hospitaliers.
La
cohérence optimale de ce dispositif de réponse à l'urgence doit
être recherchée,
dans un double souci de qualité du système et d'économie des
moyens.
A
cette fin, il serait souhaitable de favoriser les associations de
secteur pour une
mise en commun de moyens et une organisation concertée de
préférence sous forme de création d'un
structure intersectoriel aux missions bien définies comme indiqué
au titre précédent.
Comme
pour le centre médico-psychologique, il importe qu'une information
soit faite auprès
du public, mais plus encore auprès des médecins généralistes, médecins exerçant dans les divers dispositifs
d'accueil des urgences et psychiatres
libéraux.
2.
Les prestations ambulatoires et à temps partiel :
Le
centre médico-psychologique doit assurer une fonction de pivot autour
duquel s'articule
le dispositif du secteur. Lieu d'élaboration du projet de soins, il doit être le garant de la cohérence des interventions
et actions proposées au patient
et à son entourage.
Chaque
secteur doit organiser un système modulé de prestations de soins ambulatoires et à temps partiel, comportant des
formules variées, qui peuvent être mises en
oeuvre au centre médico-psychologique même, ou dans des structures différenciées (centre d'accueil thérapeutique à
temps partiel, hôpital de jour...).
Ainsi,
en sus des thérapies proposées en consultations ou séances, il sera
prévue, en psychiatrie générale, au moins une
formule de soins ou d'accompagnement
permettant une prise en charge à temps partiel plus importante.
Les
secteurs de psychiatrie infanto-juvénile organiseront au moins deux
formules de soins
institutionnels à temps partiel ou séquentiel (accueil à la
journée, à la demi-journée, accueil du soir,
du mercredi...) permettant d'assurer aux enfants
une meilleure intégration dans l'école.
3.
Les soins à temps complet :
Toute
unité d'hospitalisation à temps complet doit comporter un personnel
en nombre et en
qualité suffisants pour assurer des soins actifs et une surveillance
continue de jour et de nuit.
Des
techniques propres à éviter, pour certains patients, la
désadaptation pouvant
résulter d'une hospitalisation, et, en psychiatrie infanto-juvénile,
les programmes
éducatifs et pédagogiques nécessaires devront être mise en oeuvre.
Toute
équipe de secteur doit assurer les soins aux patients qui lui sont
confiés selon
les dispositions de la loi relative aux placements.
En
psychiatrie infanto-juvénile, tout secteur ou groupe de secteur doit
pouvoir assurer aux
enfants et adolescents dont l'état le nécessite des oins à temps complet en milieu institutionnel ou en accueil
familial, en privilégiant des formules variées
(unités d'accueil familial thérapeutique, centre de crise pour adolescents...).
4.
La réadaptation :
Chaque
secteur ou groupe de deux ou trois secteurs de psychiatrie générale
devra disposer,
hors enceinte de l'hôpital, d'au moins une structure conçue aux fins
de soins de réadaptation permettant une certaine
insertion dans le milieu social et un ré
entraînement à l'autonomie (appartement thérapeutique, centre de postcure, placement familial thérapeutique, atelier
thérapeutique, hôpital de jour...).
Il
apparaît que l'on peut en cette matière se donner un objectif de
résultat : on
tiendra comme indicateur la proportion de patients à réinsérer
parmi ceux dont l'hospitalisation, de l'avis des
équipes de soins, s'est prolongée faute de relais.
Cet objectif sera fixé dans chaque secteur, en concertation avec les équipes concernées.
5.
La coordination avec les autres dispositifs de soins et de prévention
:
Outre
ce qui a déjà été dit concernant les urgences, les équipes de
secteur prendront
contact avec tous services de soins (comprenant les services de protection maternelle infantile et les centres d'action
médico-sociale précoce) susceptibles de
recevoir certains de leurs patients ou de bénéficier de leurs interventions de façon à établir, autant que
possible et utile, des liens de fonctionnement.
Elles
viseront en particulier les objectifs suivants :
-
en psychiatrie infanto-juvénile, la reconnaissance précoce des difficultés du nourrisson
et de son entourage ;
-
en psychiatrie générale, la prise en charge précoce et le suivi des
suivants, et les soins
psychiatriques aux personnes âgées.
Les
médecins généralistes et les psychiatres d'exercice libéral
doivent être informés
de l'existence et du mode de fonctionnement des structures des
secteurs psychiatriques qui les concernent. Ils
doivent être encouragés à suivre l'hospitalisation
et autres soins psychiatriques dispensés à leurs patients par une information régulière qui leur permette
d'articuler leur propre prise en charge avec
celle proposée par l'équipe de secteur.
Dans
la mesure du possible, des séances de formation post-universitaire
seront organisée sur des thèmes psychiatriques
avec la collaboration de praticiens de secteur
psychiatrique.
6.
Les interventions dans les structures sociales (ou éducatives) et médico-sociales
:
Les
équipes de secteur auront pris au moins un contact avec chaque
établissement sociale
ou médico-social susceptible d'accueillir des patients de leur
secteur ou accueillant une population
particulièrement exposée aux problèmes de santé mentale
public et les prestations qu'il peut proposer et, à chaque fois qu'il
est possible, d'établir des relations de concertation
ou de services réciproques.
7.
Participation à des programmes de santé particuliers :
Les
équipes de secteur s'associeront aux mesures qui viennent d'être
décidées pour
intensifier la lutte contre les mauvais traitements à enfants :
campagne national de prévention des abus
sexuels à l'égard des enfants, généralisée en 1989,
mise en place d'une dispositif spécifique d'aide aux mineurs
maltraités, confié au président du conseil
général par la loi du 10 juillet 1989.
Leur
participation consiste en al collaboration avec les services d'aide
sociale à l'enfance, éducation nationale,
justice) et professionnels concernés et, le cas
échéant, en la prise en charge des enfants et familles.
L'action
des secteurs en matière de prévention fera l'objet d'une circulaire
complémentaire.
Des
recommandations pour le développement de l'information médicale et
la participation
des équipes de secteur à la recherche en psychiatrie seront donnés par ailleurs.
III.
- Procédure : schémas départementaux d'organisation et carte
sanitaire en psychiatrie.
En
matière de santé mentale, l'appréhension des besoins existants de
soins et l'adaptation
des structures existantes nécessaire pour y répondre reposent, en cohérence avec les orientations et priorités
régionales, sur deux outils principaux : le
schéma départemental d'organisation en psychiatrie, d'une part, la carte sanitaire de santé mentale, d'autre part.
1.
Le schéma départemental d'organisation en psychiatrie en constitue
le premier instrument
; il assume à ce titre une double fonction.
Il
vise notamment à la préparation de la carte sanitaire en psychiatrie
; à cette
fin, il comprend :
-
une analyse du niveau des équipements existants, distinguant les capacités d'hospitalisation complète d'une part, et
les capacités d'hospitalisation partielle
ainsi que d'extra-hospitalier (alternatives à l'hospitalisation
'dénombrables' recensées dans l'arrêté du 14 mars 1986) ;
-
une analyse du niveau des équipements nécessaires pour répondre
aux besoins de la
population en psychiatrie adulte et psychiatrie infanto-juvénile, dans les cadres
sectoriels et départementaux ;
-
une analyse du niveau des équipements projeté après réalisation
des transformations
consécutives au schéma départemental d'organisation (à cinq
ans), établissant la même distinction ;
-
une proposition de découpage, et éventuellement de redécoupage des secteurs psychiatriques ;
-
une proposition d'indices sectoriels ;
-
une proposition des pôles hospitaliers de rattachement des secteurs
de psychiatrie adulte et infanto-juvénile.
Mais,
schéma détaillé, prospectif, souple et d'adaptation plus aisée que
la carte sanitaire,
le schéma départemental d'organisation possède également une finalité propre essentielle ; concerté avec les
professionnels de santé mentale pour la
définition d'une organisation adaptée aux besoins du système de
santé mentale, il en saurait être limité à
ce rôle d'outil préparatoire à la carte sanitaire.
Il
comprend ainsi :
-
une analyse fine, difficilement chiffrable, des besoins de la population locale à mettre en relation avec les
priorités régionales et celles de la
politique nationale ; cette première analyse peut faire l'objet, le
cas échéant,
d'enquêtes complémentaires visant à en préciser certains
éléments ;
-
un bilan départemental, mais aussi régionale dont la direction régionale des affaires sanitaires et sociales est le
maître d'œuvre : ce document vise à
synthétiser au plan régional les travaux départementaux et à en garantir la cohérence ;
-
les projets de transformation détaillés qui seraient nécessaires
pour satisfaire
les besoins définis préalablement : ces projets recensement les contraintes à lever et
tiennent compte des moyens disponibles pour y parvenir ;
-
le schéma d'organisation lui-même, qui définit dans un cadre départemental et sectoriel l'ensemble des
équipements et des activités à mettre en
place pour répondre aux besoins de la population.
Ce
document est établi par les directions départementales des affaires sanitaires et sociales et validé par la direction
régionale des affaires sanitaires et sociales
conformément à la circulaire n° 5780 du 21 décembre 1987 intitulée
'Guide méthodologique de planification en santé mentale'.
2.
La première carte sanitaire de psychiatrie :
Les
première cartes sanitaire de psychiatrie devraient être arrêtées
dans le courant
de l'année 1990.
Conformément
à la loi n° 70-1318 du 31 décembre 1970 portant réforme hospitalière, et à la loi n° 85-772 du 25 juillet
1985 légalisant le secteur (art. L. 326 du code
de a santé publique), la carte sanitaire de la France est arrêtée
par le ministre de la santé ; elle détermine, compte tenu de l'importance
et de la qualité de l'équipement public et privé existant, ainsi que de l'évolution
démographique et du progrès des techniques médicales :
1°
Les limites des secteurs psychiatriques visés par l'article L. 326 du
code de la
santé publique ;
2°
Pour chaque région psychiatrique, pour chaque secteur psychiatrique, l'importance des installations comportant ou non des
possibilités d'hospitalisation, nécessaires
pour répondre aux besoins sanitaires de la population
; cette donnée est fixée par définition d'un indice régional et d'indices sectoriels.
Conformément
à la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 et au décret n° 86-602 du 14
mars 1986 qui en fait application, le préfet de
région prépare le projet de carte sanitaire
régionale et sectorielle en psychiatrie à partir des schémas départementaux d'organisation et en concertation avec
les directions départementales des affaires
sanitaires et sociales ; celui-ci est soumis au conseil
départemental de santé mentale et aux commissions ad hoc avant
d'être arrêté par le ministre de la santé.
La
carte sanitaire d'une région ne peut donc être arrêtée en matière
de psychiatrie que lorsque la totalité des
départements de la région ont achevé leur
schéma départemental d'organisation.
Un
projet d'arrêté précisant ces divers point set réformant les
indices définis par
l'arrêté du 3 juin 1980 est actuellement en préparation pour une
meilleur adéquation à la situation présentée
; il devrait distinguer, avec l'instauration d'indices
partiels, les lits d'hospitalisation complète d'une part, et l'ensemble
des autres structures dénombrables, en lits et places, recensés dans
l'arrêté du 14 mars
1986.
IV.
- Principes et contraintes
1.
L'évaluation :
L'évaluation
de l'activité est aujourd'hui indispensable en psychiatrie comme dans les autres disciplines, même si elle est en ce
domaine particulièrement difficile. elle ne
pourra se réaliser que progressivement. Actuellement, il s'agit
surtout de susciter un esprit, initier un mouvement.
Tout
projet, toute transformation peut et doit désormais s'assortir d'un protocole d'évaluation conçu d'emblée par ses
promoteurs et comportant au minimum
:
-
un constat explicite sur les besoins à satisfaire ;
-
une indication des hypothèses ayant permis de définir les bases techniques du projet et,
si possible, des objectifs précis ;
-
un choix de quelques critères se rapportant aux hypothèses et objectifs, en servant
d'indicateurs ;
-
une méthode de recueil d'information propre à permettre de suivre l'évolution de ces
indicateurs ;
-
la programmation des bilans qui permettront de vérifier les
hypothèse de
départ, ou de mesurer l'atteinte des objectifs, et d'améliorer ou
transformer en conséquence le service rendu.
Le
processus de planification entrepris doit vous permettre de fonder,
par étapes, l'évolution du service public sur des analyses de besoin
et des évaluations de l'action de plus en plus
fines et pertinentes, dont il importe qu'elles
soient conçues par les équipes et les établissements eux-mêmes,
avec le concours de
vos services et notamment des médecins inspecteurs de la santé.
Cette
évaluation ne va pas sans un temps de recherche et d'échange entre
les équipes et
entre les établissements. Si besoins, vous stimulerez la réflexion
et les échanges, dans votre département, sur
tel thème qui vous semblera prioritaire, ainsi
que déjà indiqué dans le Guide méthodologique de planification
en santé mentale.
2.
La formation et l'encadrement des personnels :
Un
soin tout particulier doit être apporté à la formation continue des
personnels et pour
certains, à l'accès à de nouvelles qualifications.
L'accroissement
de la qualification et des compétences, et plus généralement de la qualité des savoir-faire du personnel soignant,
mais aussi des personnels autres, notamment
administratifs, est en effet condition de la réussite des transformations
à venir impliquent une modification importante de leur rôle et de
leurs pratiques. Le développement de la formation continue des
personnels fait partie du protocole d'accord du
21 octobre 1989. Il importe aussi que l'encadrement
médical et paramédical fasse preuve des meilleures qualités d'organisation
et de régulation.
Vous
inciterez les établissements à promouvoir une politique de
formation, de transformation
d'emplois, de promotion des personnels et d'affectation des responsabilités
qui corresponde à l'effort de transformation demandé, et vous porterez une particulière
attention à toute décision s'y rapportant.
3.
Le redéploiement des moyens :
Les
moyens nécessaires à la construction du système diversifié de
psychiatrie publique
définie au titre III devront en principe être trouvés par redéploiements
des moyens existants.
Il
conviendra donc de poursuivre un effort rigoureux de diminution des
capacités d'hospitalisation
complète permettant de dégager des moyens en personnel et en biens
matériels.
Fonte
des capacités d'hospitalisation complète et construction d'un
système diversifié
propre à mieux répondre aux besoins de santé de la population sont interdépendants et devront évoluer de pair : en
effet, pour un moindre recours à l'hospitalisation
à temps complet, et une moindre durée, il faut mettre en place les structures et actions de réadaptation et de soins
ambulatoires nécessaires aux personnes
accueillies. Dans le temps, il faut donner aux unités d'hospitalisation
à temps complet restantes les moyens d'une activité thérapeutique
intensive.
Il
vous faudra donc organiser des redéploiements de moyens en personnel
et de moyens
financiers. Ces redéploiements viseront principalement à augmenter,
en nombre de qualifications, les postes
soignants (et notamment les postes de psychiatres
à temps plein ou à temps partiel), autant qu'il est nécessaire à
la réalisation des actions et services
envisagés. Ils s'effectuent à l'intérieur des
établissements (des services généraux vers les structures de
soins), entre établissements (d'un centre
hospitalier spécialisé vers un centre hospitalier général),
ainsi qu'entre départements dans le cadre de la planification régionale.
Toutefois,
si ces redéploiements doivent servir en priorité au développement
de l'hospitalisation
partielle et des structures et activités extra-hospitalières psychiatriques,
la psychiatrie ne saurait être exemptée des efforts d'économie imposés à l'ensemble des disciplines médicales.
Ainsi, lorsque des transformations en cours
dégageront des moyens au-delà de ce qui serait nécessaire
aux activités et structures proprement psychiatriques envisagées,
des redéploiements
pourront se faire en faveur des autres priorités sociales,
médico-sociales ou médicales.
Il
convient plus particulièrement d'insister sur la nécessité de
créer des structures
d'hébergement, d'aide à la vie quotidienne et d'aide au travail qui manquent aux personnes dépendantes du fait d'une
pathologie mentale (maisons de retraite et foyers médicalisés,
centres d'aide par le travail, ateliers protégés notamment).
L'ouverture de tels équipements ne peut que faciliter l'entreprise de transformation des établissements psychiatriques
pour lesquels l'une des difficultés les plus
grandes est justement de trouver une relation social pour les
patients dont la prise en charge à temps complet ne se justifie pas
ou plus.
Vous
veillerez toutefois à ce que des transferts excessifs ne paralysent
pas la transformation indispensable de la
psychiatrie. Il ne conviendrait à aucun prix, en
effet, que les secteurs les plus novateurs se voient amputés de
moyens nécessaires
à leur évolution.
A
l'inverse, il en irait naturellement de même dans les régions,
départements et secteurs
où la psychiatrie manquerait de moyens et où ceux-ci pourraient
être prélevés
sur d'autres disciplines médicales aux capacités excédentaires.
Par
ailleurs, dans les secteurs où, par attentisme ou par crainte des évolutions, les capacités hospitalières
surcapacitaires resteraient intactes au terme du
schéma départemental d'organisation et où aucun projet de
redéploiement n'auraient été développé, une
partie des moyens correspondants pourrait être gelée, notamment à
l'occasion de départs en retraite, et redéployée vers d'autres
secteurs psychiatriques déficitaires ou vers d'autres activités et disciplines médicales ou
médico-sociales.
La
redistribution de moyens s'effectue selon deux critères :
-
la nécessité d'atteindre en tout secteur un seuil fonctionnel selon
les indications qui
vous sont données au chapitre précédent ;
-
la réalisation des projets évolutifs ou novateurs répondant aux objectifs définis lors de l'élaboration des schémas
départementaux d'organisation.
Vous
porterez une attention particulière aux secteurs qui ne disposent pas
en propre
de moyens de redéploiement.
Dans
le cas où des moyens seraient disponibles au plan national, ils
seraient affectés
selon ces mêmes critères au vu des priorités régionales.
La
circulaire du 15 mars 1960 relative au programme d'organisation et d'équipement des départements en matière de lutte
contre les maladies mentales amorçait la
mutation de la psychiatrie pour l'adapter au besoin d'insertion dans la communauté sans quitter la base géographique
nécessaire à une couverture territoriale
complète.
Les
indications contenues dans la présente circulaire devraient vous
permettre de guider
cette évolution.
Mes
services sont à votre disposition pour toute information et concours
qui pourraient vous
être utiles.