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CIRCULAIRE
du 15 mars 1960
relative au programme d'organisation et d'équipement
des départements en matière de lutte contre les maladies
mentales
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Au
cours des dernières années, les données du problème de
l'organisation de la lutte contre les maladies mentales ont,
dans notre pays, été sensiblement modifiées. En effet,
des thérapeutiques et des méthodes nouvelles ont été
mises au point, permettant notamment de réduire
sensiblement la durée d'hospitalisation. Des efforts
importants ont été entrepris pour améliorer les
conditions de vie et de soins des malades hospitalisés,
notamment grâce a l'ouverture de services libres, à
l'augmentation des effectifs du personnel médical,
paramédical et soignant, à l'organisation de la formation
professionnelle des élèves infirmiers et infirmières. La
modernisation des locaux des établissements existants
(hôpitaux psychiatriques autonomes, hôpitaux
psychiatriques départementaux, quartiers psychiatriques,
hôpitaux psychiatriques privés faisant fonction de
publics) (1) a été commencée en même temps que la
construction d'établissements neufs est progressivement
réalisée. Enfin, la mise en place dans chaque département
d'un réseau de dispensaires d'hygiène mentale, dont le
rôle va en s'accentuant, s'est accélérée grâce à la
réforme du financement de ces organismes effectuée par le
décret du 20 mai 1955.
La conjugaison de
ces éléments nouveaux a eu pour résultat :
- de modifier
considérablement les caractéristiques présentées par la
population admise à l'hôpital psychiatrique ainsi que par
la population présente, comparativement à la période
écoulée. Non seulement le malade entre à l'hôpital
psychiatrique à la suite d'un dépistage effectué de plus
en plus précocement au dispensaire, mais il sort dans un
délai beaucoup plus rapide, grâce aux thérapeutiques
modernes et à la surveillance de postcure organisée au
dispensaire d'hygiène mentale. Par ailleurs, dans la
plupart des établissements la sortie de sujets
hospitalisés depuis de longues années a pu intervenir;
- de transformer
corrélativement le rôle joué par l'établissement
psychiatrique qui, de plus en plus, devient un hôpital
spécialisé pour maladies mentales et non plus un "
asile " où étaient placées les personnes
considérées comme dangereuses pour la société.
Dans ces
conditions, l'hospitalisation du malade mental ne constitue
plus désormais qu'une étape du traitement, qui a été
commencé et devra être poursuivi dans les organismes de
prévention et de postcure.
Le moment paraît
donc venu de faire le point de l'organisation à prévoir
pour permettre de réaliser de nouveaux progrès dans la
lutte contre les maladies mentales.
La présente
circulaire a pour but de définir la politique à suivre
dans chaque département, au cours des années à venir,
pour permettre la mise en place d'un dispositif mieux
adapté et plus efficace que jusqu'à présent, et
constituant véritablement une organisation de la lutte
contre les maladies mentales.
Ce dispositif
consiste essentiellement à diviser le département en un
certain nombre de secteurs géographiques, à l'intérieur
de chacun desquels la même équipe médico-sociale devra
assurer pour tous les malades, hommes et femmes, la
continuité indispensable entre le dépistage, le traitement
sans hospitalisation quand il est possible, les soins avec
hospitalisation et, enfin, la surveillance de postcure.
Il va sans dire
qu'un tel objectif ne peut être atteint d'emblée ; les
difficultés matérielles sont en effet nombreuses et ne
pourront se résoudre que peu à peu ; mais chaque
département doit prendre conscience très nettement de ce
que toutes les réalisations partielles qui pourront être
envisagées dans le domaine de la lutte contre les maladies
mentales devront désormais s'intégrer dans le cadre du
programme général qui sera établi selon les instructions
de la présente circulaire. Seule la convergence des efforts
dans un sens bien défini permettra de réaliser un jour, et
partout, une organisation entièrement satisfaisante.
La détermination
de ce programme suppose l'étude préalable d'un certain
nombre d'éléments ; elle implique en outre un inventaire
précis des ressources disponibles et des besoins à
prévoir. Ces deux points seront examinés successivement
dans les deux premiers chapitres ; un troisième chapitre
donnera le schéma détaillé du dispositif à instituer.
Enfin, dans un quatrième chapitre seront développées
quelques considérations pratiques.
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CHAPITRE I
BASE DE L'ETUDE
ET DOCUMENTS NECESSAIRES
L'étude de
l'organisation à prévoir doit s'effectuer sur la base des
besoins et des ressources du département considéré et non
sur la base de plusieurs départements ou d'une région.
Le principe
essentiel de l'organisation de la lutte contre les maladies
mentales est en effet de séparer le moins possible le
malade de sa famille et de son milieu. Il ne saurait être
question, en conséquence, de calculer les besoins d'un
département en tenant compte des malades que son hôpital
psychiatrique hospitalise actuellement au titre d'autres
départements. Par contre, comme il est précisé au
chapitre III, à l'intérieur du département, le programme
théorique tendra à déterminer plusieurs secteurs
géographiques qui devront être dotés à plus ou moins
longue échéance d'un équipement complet en organismes de
prévention, d'hospitalisation et de postcure.
Pour établir le
programme d'organisation, il convient de disposer d'un
certain nombre d'éléments sur la situation démographique
et économique du département ; ces éléments sont les
suivants:
- Carte du
département sur laquelle seront indiqués le ou les
hôpitaux psychiatriques existants dans la ou les zones
qu'ils ont à desservir;
- Tableau sommaire
précisant la répartition de la population du département
par arrondissement et dans les principales agglomérations ;
- Tableau de la
répartition par âge de la population du département ;
- Précisions sur
les moyens de communication.
Les grandes voies
du réseau routier et ferré seront soulignées sur la carte
du département.
Toutes indications
utiles sur les moyens de communication existant devront
être précisées dans une note annexe.
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CHAPITRE- Il
INVENTAIRE DES
RESSOURCES DISPONIBLES ET DES
BESOINS A PREVOIR
Considérations
générales.
Dans la plupart des
cas, le problème immédiat qui apparaît le plus
préoccupant est l'encombrement du ou des hôpitaux
psychiatriques existants.
A priori, ce
problème paraît devoir être aggravé dans l'avenir
par l'exécution de travaux de modernisation, à réaliser
suivant les directives contenues dans la circulaire
séparée concernant le plan directeur des hôpitaux
psychiatriques anciens. Ces travaux auront, en effet, pour
résultat de réduire d'une façon sensible les
possibilités d'encombrement des établissements au-delà de
leur capacité réglementaire. Dans certains cas même, à
plus ou moins longue échéance, ces réalisations sont
susceptibles d'avoir pour résultat de réduire la capacité
réglementaire d'hospitalisation.
C'est pourquoi la
construction de lits nouveaux à l'hôpital psychiatrique
existant paraît, à première vue, la seule solution
permettant de régler les problèmes posés par
l'encombrement actuel et à prévoir.
Il n'est pas
question de rejeter totalement cette solution à priori et
dans tous les cas ; mais on ne doit la retenir, dans les
conditions précisées au chapitre IV, qu'après une étude
approfondie de tous les problèmes posés par
l'organisation de la lutte contre les maladies mentales dans
le département.
A cet effet, il
convient de déterminer avec une approximation suffisante
les besoins actuels et à prévoir du département en
matière d'hospitalisation des malades mentaux, en tenant
compte sur ce point du dispositif qui doit être organisé
pour réduire au minimum le nombre des hospitalisations
effectuées et leur durée. Ce dispositif exposé ci-dessous
a pour but d'intégrer l'établissement psychiatrique dans
un ensemble extra-hospitalier assurant le dépistage, les
soins sans hospitalisation et la surveillance de postcure.
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SECTION 1
Besoins actuels et
à prévoir.
A. - HOSPITALISATION
Il y a lieu
d'envisager successivement le problème des enfants et celui
des adultes.
1° Enfants.
Deux catégories
d'enfants ont leur place à l'hôpital psychiatrique, en
raison, soit du fait qu'il s'agit de sujets nécessitant la
mise en œuvre de traitements psychiatriques, soit du fait
qu'ils relèvent de techniques de rééducation analogues à
celles qui sont requises pour le traitement des malades
mentaux proprement dits.
- Enfants
nécessitant la mise en œuvre de traitements psychiatriques
:
Il est
indispensable de créer des services de neuropsychiatrie
infantile, où seront traités en service libre les enfants
du département d'implantation atteints de troubles mentaux.
le nombre de sujets à prévoir en ce domaine est
relativement réduit, et une bonne organisation de ce
service doit permettre une rotation rapide. C'est dire que
l'importance du nombre de lits à prévoir pour ce type de
sujets est faible.
- Enfants relevant
de techniques de rééducation :
L'hospitalisation
des enfants arriérés profonds du département est du rôle
de l'hôpital psychiatrique chaque fois qu'une autre
solution ne peut être retenue (établissement spécialisé
public ou privé, hospice, etc.).
Les types de
services d'enfants répondant à la définition de l'I.M.P.
(enfants éducables et semi-éducables) doivent, par contre,
de préférence, être créés à l'extérieur de l'hôpital
psychiatrique. Cette solution est souhaitable tant pour le
sujet lui-même que pour le fonctionnement de
l'établissement psychiatrique.
Cependant dans
l'immédiat, la suppression des I.M.P. existant dans le
cadre des hôpitaux psychiatriques ne peut être envisagée
en raison de l'insuffisance de l'équipement en la matière
dans la plupart des départements, à moins que cette
suppression ne soit compensée par la création de nouvelles
possibilités d'hospitalisation pour les catégories
d'enfants intéressées.
De toute manière,
l'extension de ces I.M P. ou la création de services de
même nature rattachés à des établissements
psychiatriques doit être évitée dans toute la mesure du
possible. En tout état de cause, l'établissement
psychiatrique ne doit desservir que les besoins propres au
département dans lequel il est implanté.
2° Adultes.
L'étude à
effectuer doit tenir compte des éléments suivants :
a) Origine
démographique des malades.
Il convient tout
d'abord d'étudier l'origine démographique de la population
traitée à l'hôpital psychiatrique considéré. Cette
étude permettra, dans un certain nombre de cas, de voir
que, dans un avenir plus ou moins rapproché, l'effectif de
la population hospitalière sera sensiblement réduit.
En effet,
l'encombrement de certains établissements tient :
- soit au fait que
le au les départements voisins ont été jusqu'à présent
insuffisamment équipés ou même dépourvus de formation
spécialisée : c'est le cas de l'hôpital psychiatrique qui
est appelé à desservir en totalité ou en partie plusieurs
départements, en vertu d'une convention précédemment
passée à cet effet, ou d'un accord tacite ;
- soit au fait que
l'établissement a été appelé précédemment à recevoir
par transfert collectif des malades originaires d'autres
départements. Un certain nombre de ces malades y restent
encore en traitement actuellement, mais il n'est plus
prononcé de nouvelles admissions au titre de ces
départements.
L'étude entreprise
devra faire abstraction de ces malades " étrangers
" au département. Il faut rappeler, en effet, que la
loi du 30 juin 1838 a fait obligation à chaque département
d'assurer l'hospitalisation de ses ressortissants et qu'une
collectivité départementale n'a pas à prendre en charge
les dépenses entraînées par les travaux d'équipement
rendus nécessaires par la présence à l'établissement de
malades relevant d'une autre collectivité.
D'ailleurs, dans
bien des cas, la mise en service d'hôpitaux
psychiatriques en construction ou en cours d'étude
permettra d'apporter, dans un délai plus ou moins rapide,
la solution à l'encombrement actuel ou à prévoir dans un
certain nombre d'hôpitaux psychiatriques existants.
b)
Amélioration du " rendement " de
l'établissement.
Dans l'étude des
besoins tels qu'ils se manifestent actuellement, il
conviendra de ne pas perdre de vue que l'aménagement de
l'équipement des hôpitaux psychiatriques et le
développement des moyens thérapeutiques a pour
conséquence, chaque fois que le efforts entrepris en ce
sens ont pu être suffisamment poussés, une réduction des
durées de séjour et une diminution de la "
sédimentation hospitalière ".
C'est ainsi que,
ces dernières années, l'augmentation de la population
hospitalisée, que l'on constatait depuis la fin de la
dernière guerre, a pu être, dans un certain nombre de cas,
freinée d'une façon très nette -, il a même été
possible d'obtenir une réduction légère de l'effectif des
malades présents, malgré l'augmentation considérable du
nombre des admissions enregistrées au cours de ces
dernières années. C'est ainsi, pour prendre un exemple,
que pour tel hôpital psychiatrique, le tableau comparatif
suivant peut être dressé :
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1938 |
1958 |
|
Population
présente |
728 |
699 |
|
Entrées et
réintégrations |
141 |
781 |
|
Sorties
définitives |
88 |
715 |
Dans cet exemple,
qui est loin d'être unique, on peut donc relever une
réduction légère de la population traitée, alors que le
nombre des entrées s'est accru de 450 p. 100 pendant la
période considérée cependant que le nombre des sorties
était augmenté de plus de 700 p. 100.
c)
Vieillards.
Dans la
détermination des besoins à satisfaire pour les adultes,
une place particulière devra être faite au problème des
personnes âgées.
En principe, la
place des personnes âgées est à leur foyer et
éventuellement, dans les maisons de retraite.
Ce n'est
qu'exceptionnellement, lorsqu'elles présentent des troubles
mentaux relevant de traitements psychiatriques, qu'elles
doivent être adressées à l'hôpital psychiatrique. Dans
la plupart des cas, une hospitalisation effectuée dans des
conditions satisfaisantes, mettant en œuvre les techniques
nécessaires, qui réclament d'ailleurs un personnel
relativement important, devrait permettre de rendre la
personne âgée à son foyer dans un délai relativement
rapide.
En tout état de
cause, l'insuffisance de l'équipement du département
desservi en matière de maisons de retraite ne peut être la
justification de besoins élevés en ce domaine à
l'hôpital psychiatrique.
Je vous rappelle,
par ailleurs, que, ainsi que je l'ai indiqué par circulaire
du 24 mars 1956 concernant l'établissement du deuxième
plan d'équipement sanitaire, il n'est pas question de
créer des " hospices " psychiatriques pour
malades chroniques.
3° Éléments
chiffrés.
La norme arrêtée
par les experts de l'O.M.S. concernant le chiffre optimum de
capacité d'hospitalisation s'établit, pour les pays
d'Europe occidentale, à 3 lits pour 1 000 habitants. Ce
pourcentage englobe à la fois les besoins concernant les
adultes et les enfants relevant de la neuropsychiatrie
infantile.
L'équipement
français s'élève, compte tenu des travaux en cours, à
2,1 lits pour 1000 habitants sur la base d'une population de
45 millions d'habitants. Or, dans un certain nombre de pays
voisins du nôtre, l'équipement disponible dépasse
largement la norme visée par l'O.M.S.
Cet élément doit
donc entrer en ligne de compte pour la détermination de
l'équipement optimum dont le département doit être doté.
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B. - PRÉVENTION,
TRAITEMENTS AMBULATOIRES ET POSTCURES
Les besoins réels
en lits d'hospitalisation doivent être corrigés compte
tenu des organismes extra-hospitaliers existants ou à
créer grâce auxquels on peut soit éviter
l'hospitalisation, soit la réduite au minimum.
Parmi ces moyens,
il faut citer:
- le dispensaire
d'hygiène mentale
- l'hôpital de
jour;
- le foyer de
postcure ,
- les ateliers
protégés.
1° Le
dispensaire d'hygiène mentale.
Le schéma
théorique suivant peut être fourni pour un département
d'importance démographique moyenne:
Il est nécessaire
de prévoir au chef-lieu un centre d'hygiène mentale doté
de locaux propres ; il peut être installé soit dans des
locaux indépendants, soit, ce qui paraît préférable,
dans un dispensaire polyvalent. Ce centre doit fonctionner
au minimum quatre fois par semaine. Dans bien des
départements le dispensaire, situé à l'intersection de
deux secteurs, confié à deux équipes
médico-sociales distinctes, devra être conçu de telle
façon que ces deux équipes puissent y exercer en même
temps.
Dans toutes les
villes de plus de 20 000 habitants, un dispensaire doté de
locaux individuels dans un dispensaire polyvalent est
également à prévoir. Suivant l'importance de la zone
desservie, le travail en deux équipes doit, le cas
échéant, être prévu.
Dans les
départements à densité démographique peu importante,
certaines agglomérations de plus de 10 000 habitants et
même certains gros bourgs représentant des pôles
attractifs pour la population environnante doivent être
dotés d'un dispensaire d'hygiène mentale ou d'une section
spécialisée dans un dispensaire polyvalent.
Enfin, des
consultations doivent pouvoir être assurées dans certaines
communes suivant une fréquence variable.
2° Hôpital de
jour.
Des établissements
de ce genre existent depuis longtemps dans certains pays
étrangers (Angleterre, Hollande, États-Unis).
Deux sont en cours
de création dans la région parisienne.
L'hôpital de jour
est un organisme de traitement, où les malades sont
traités dans la journée, pour regagner leur foyer chaque
soir.
Il est possible de
mettre en œuvre dans les établissements de ce genre la
plupart des thérapeutiques modernes, à l'exception de
celles (insulinothérapie par exemple) qui nécessitent une
hospitalisation complète des sujets.
La création et le
fonctionnement d'un hôpital de jour sont relativement peu
onéreux puisque les dépenses purement hôtelières sont
réduites, en principe, au seul repas de midi et que la
permanence du personnel soignant n'est pas à prévoir de
jour et de nuit.
Ce type de
formation est appelé, tout au moins dans les grosses
agglomérations, à rendre des services extrêmement
importants. Permettant la mise en œuvre de la psychothérapie,
de la chimiothérapie, etc., le traitement en "
hôpital de jour ", chaque fois qu'il est possible,
évite la coupure entre le malade et sa famille et, partant,
la désadaptation sociale du sujet.
La création
d'établissements de ce type doit donc être envisagée dans
toutes les zones à densité démographique importante. Le
fonctionnement financier de ces établissements est à
prévoir sur la base d'un prix de journée, comme dans un
établissement d'hospitalisation.
3° Foyers de
postcure.
Dans trop de cas,
la sortie de certains malades se heurte à des difficultés
d'ordre médico-social : parfois, le malade est dépourvu de
famille, parfois, le retour du sujet dans un foyer dès sa
sortie présente de sérieux inconvénients. Un milieu de
transition est alors nécessaire pour assurer la
réadaptation du malade dans les meilleures conditions
possibles.
C'est à cette
nécessité que répond le foyer de postcure.
Conçu sous une
forme familiale (20 à 30 lits en moyenne), les malades y
trouvent la solution aux problèmes de la vie courante
(logement et repas). Ils peuvent, pendant leur séjour au
foyer, reprendre contact avec leur métier, mais une
surveillance médico-sociale est exercée pendant cette
période de transition sur leur état de santé.
4° Ateliers
protégés.
Il s'agit
d'ateliers où les malades, tout en gagnant leur vie,
restent sous surveillance médico-sociale. Ce type
d'ateliers peut être créé notamment dans le cadre de
l'hôpital de jour ou du foyer de postcure.
Hôpitaux de jour,
foyers de postcure, ateliers protégés sont des
réalisations qui tenteront surtout les organisations
privées désintéressés agissant, en liaison avec les
médecins des hôpitaux psychiatriques, dans le domaine de
l'hygiène mentale. Mais rien n'empêche les collectivités
publiques intéressées d'en poursuivre elles-mêmes la
réalisation.
La mise en place de
ces organismes, qui permet de réduire dans une certaine
mesure l'importance des besoins en matière d'équipement
hospitalier, est peu onéreuse et peut donc, en règle
générale, être effectuée relativement facilement.
Le programme
d'organisation à établir doit donc insister tout
particulièrement sur le dispositif extra-hospitalier à
mettre en place en ce domaine.
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CHAPITRE III
ORGANISATION DU
DISPOSITIF DE LUTTE CONTRE LA
MALADIES MENTALES
Les besoins du
département en lits et en organismes de prévention, de
traitement et de postcure étant ainsi déterminés, il
convient d'étudier l'organisation à prévoir pour cet ensemble.
Ce problème
consiste à examiner la place que doit prendre
l'établissement psychiatrique existant dans l'organisation
départementale de la lutte contre les maladies mentales et
à déterminer les répercussions éventuelles que les
mesures adoptées entraîneront, tant sur le fonctionnement
de l'établissement que sur l'équipement du département en
matière de lits pour malades mentaux.
Les buts à
atteindre sont les suivants :
1°'
Entreprendre les soins des malades mentaux à un stade plus
précoce, avec de plus grandes chances de succès, et
apporter aux anciens malades un appui médico-social
efficace leur évitant des récidives. Cette conception
entraîne la nécessité de confier à la même équipe
médico-sociale la charge du malade en cure hospitalière et
en pré- et postcure. Il est, en effet, indispensable que le
malade sorti de l'hôpital psychiatrique retrouve au
dispensaire, au foyer de postcure, le médecin qui l'a
traité à l'hôpital psychiatrique. C'est la condition
même pour qu'il accepte cette postcure. Par ailleurs, nul
plus que le médecin de l'hôpital psychiatrique n'est
intéressé au but poursuivi qui est d'éviter des
hospitalisations inutiles ;
2° Éviter
la désadaptation qu'entraîne l'éloignement du malade de
son milieu naturel. Il est donc nécessaire que les
établissements, qu'il s'agisse de l'hôpital psychiatrique,
de l'hôpital de jour ou du foyer de postcure, soient
facilement accessibles pour la population qu'ils desservent.
1. - Organisation
générale.
Pour atteindre ces
buts, l'établissement psychiatrique doit desservir
désormais une aire géographique bien délimitée et
proportionnée à son importance, appelée Secteur. Dans
bien des cas, le secteur desservi par l'établissement
psychiatrique sera le département d'implantation. Chaque
service ou groupe de services de l'hôpital psychiatrique
doit prendre en charge une partie déterminée de ce
secteur, que l'on peut appeler " sous-secteur " et
qui doit, par ailleurs, être dotée des organismes de
traitement, de prévention et de postcure nécessaires. A
titre indicatif, un service de deux cents lits, recevant des
malades des deux sexes, comportant son service libre, peut
prendre en charge, sur la base de trois lits pour 1 000
habitants fixée par l'Organisation mondiale de la santé,
un sous-secteur de 67 000 habitants environ. En fait, les
premières années, les populations desservies devront être
bien supérieures en nombre, compte tenu du nombre de lits
disponibles et de l'insuffisance du nombre de médecins
spécialisés.
La notion
d'établissement ou de service pour un seul sexe ne peut
être maintenue dans ce cadre. Les médecins-chefs devront
se voir confier un service leur permettant de recevoir les
malades des deux sexes qu'ils auront dépistés au
dispensaire et qu'ils auront à suivre en postcure dans les
divers organismes créés (foyers de postcure, etc.).
Une telle
organisation ne soulève aucun problème de principe. Seules
des contingences locales peuvent s'opposer à cette
modification ou la retarder. Cette question ne devra pas
être perdue de vue, de façon à ce que, chaque fois que
cela s'avérera possible et, notamment, à l'occasion d'une
redistribution des services, rendue nécessaire pour
l'arrivée d'un nouveau médecin-chef, elle trouve une
solution conforme aux présentes instructions.
Dans le cas où,
dans l'immédiat, celle solution ne peut être retenue, une
liaison étroite devra être assurée entre les deux
médecins-chefs qui seront appelés à effectuer des
consultations dans le même sous-secteur.
Dans cette
organisation, le médecin du service d'hospitalisation qui
assure les consultations d'hygiène mentale et prend en
charge des organismes extra-hospitaliers visés au chapitre
Il, travaille également en équipe avec le personnel propre
au service (assistantes sociales, psychologues,
secrétaires, etc.). La caractéristique de la politique de
secteur est que chaque membre de l'équipe extra ou
intra-hospitalière a des contacts quasi journaliers avec
tous les autres.
Ainsi est
réalisée de la façon la plus satisfaisante la continuité
des soins ; chaque fois que cela est possible,
l'hospitalisation ou la réhospitalisation est évitée ;
l'insertion ou la réinsertion du malade est faite dans les
meilleures conditions, grâce à la connaissance que
l'équipe médico-sociale a pu acquérir, non seulement du
malade, mais encore du milieu économique et social du
secteur et, notamment, des ressources de logement et des
diverses possibilités d'emploi qu'il offre.
Il. - Cas
particuliers.
Dans certains cas,
il a été créé dans le département un poste de
psychiatre départemental, chargé des dispensaires
d'hygiène mentale. Parfois également un service de
neuropsychiatrie fonctionne dans un centre hospitalier.
Enfin, dans certains départements, il a été fait appel à
des médecins de clientèle privée pour assurer certaines
consultations d'hygiène mentale.
Il convient
d'intégrer ces activités dans l'organisation de secteur
qui doit être mise en place, compte tenu des remarques ci
après :
a) Psychiatre
départemental.
Dans la plupart des
cas, ces postes ont été créés dans des départements
dépourvus d'hôpitaux psychiatriques et pour pallier
provisoirement, dans une certaine mesure, cette absence
d'équipement spécialisé.
Lors de la
création de l'établissement il convient d'examiner si le
maintien du poste est nécessaire, compte tenu du nombre de
médecins affectés à l'hôpital psychiatrique.
Dans le cas d'un
département d'importance démographique moyenne, qui sera
doté d'un équipement satisfaisant en lits pour malades
mentaux et en personnel médical, le maintien du poste en
tant que psychiatre départemental ne sera pas envisagé,
les praticiens attachés à l'établissement pouvant
assurer, dans le cadre défini ci-dessus, le
fonctionnement des
consultations d'hygiène mentale.
Dans le cas de
départements importants par leur densité démographique ou
lorsque la création du poste de psychiatre départemental
sera intervenue ou est envisagée pour pallier certaines
contingences locales, deux cas seront à distinguer.
La création du
poste a été rendue nécessaire par le besoin d'intensifier
les consultations pour adultes.
Premier cas.
- Il est indispensable que l'activité du titulaire du poste
s'intègre dans l'organisation de " secteur "
précédemment définie. Il doit donc d'abord être chargé
d'un service d'adultes à l'hôpital psychiatrique et
assurer les consultations du secteur correspondant à
l'importance de son service.
Il sera chargé, en
plus, de certaines tâches extra-hospitalières dans le
cadre de la lutte contre les maladies mentales sur le plan
départemental (consultations antialcooliques, consultations
d'hygiène mentale proprement dites, etc.). Ces tâches
devront s'intégrer dans la politique générale du secteur.
Compte tenu de ce surcroît d'attributions, le service dont
il sera chargé dans le cadre de l'hôpital psychiatrique et
dans son prolongement extra-hospitalier pourra être réduit
par rapport à celui confié à ses collègues de
l'établissement
Deuxième cas.-
Le psychiatre départemental est essentiellement chargé de
consultations pour enfants:
L'intéressé doit
alors, parallèlement, être chargé d'un ou plusieurs
établissements pour enfants inadaptés du département et
notamment du ou des services d'enfants entrant dans les
catégories visées au chapitre II, existant éventuellement
à l'hôpital psychiatrique.
Son activité en
consultations d'hygiène mentale pour adultes, dans le cas
où elle resterait nécessaire, devra s'intégrer dans le
travail confié à un des médecins chefs de l'hôpital
psychiatrique.
b) Service de
neuropsychiatrie.
Bien entendu, les
services de cliniques des villes de faculté, qui doivent
assumer un rôle très particulier, ne sont pas visés par
les directives qui suivent.
Il convient
d'examiner dans chaque cas la possibilité d'harmoniser
l'activité du service de neuropsychiatrie avec l'activité
de secteur organisée à partir des services de l'hôpital
psychiatrique.
Certes, le service
hospitalier de neuropsychiatrie ne pourra pas, dans certains
cas, assurer le traitement de tous les malades mentaux d'un
secteur déterminé. E convient donc d'étudier une formule
souple qui permette, en confiant à ce service des fonctions
particulières pour le traitement hospitalier de certains
malades dans un secteur donné, de faire participer le chef
de ce service aux tâches extra-hospitalières de ce même
secteur en étroite liaison avec le médecin de l'hôpital
psychiatrique qui recevra des malades de même origine
démographique qui ne pourraient être traités, en raison
de l'importance de leurs troubles, dans le service de
neuropsychiatrie. Cette conception s'oppose donc d'une
façon absolue au fonctionnement du service de
neuropsychiatrie en service de tirage.
Dans tous les cas
où il existe, dans le département, un service hospitalier
de neuropsychiatrie et un hôpital psychiatrique, le
directeur départemental de la santé devra se pencher tout
particulièrement sur le problème de la coordination entre
ces deux services, dans l'esprit des indications qui
précèdent.
c) Médecins
de clientèle privée.
Compte tenu de
l'insuffisance numérique du personnel médical de
l'hôpital psychiatrique du département, susceptible
d'effectuer des consultations d'hygiène mentale, il a été
parfois fait appel à des médecins de clientèle privée
pour assurer des dispensaires.
Cette activité
doit, de la même façon, être intégrée dans le travail
confié aux équipes desservant chaque secteur du
département.
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CHAPITRE IV
SOLUTIONS PRATIQUES
ET MODALITÉS
D'ÉTABLISSEMENT DU PROGRAMME
1. - Solutions
pratiques.
L'étude effectuée
pour déterminer, dans le cadre de l'organisation du secteur
à prévoir, l'équipement optimum en lits et en organismes
divers de prévention, de traitement et de postcure fera
apparaître la nécessité de la création de nouveaux
dispensaires, de foyers de postcure, d'hôpitaux de jour, et
permettra par ailleurs de déterminer le nombre de lits
d'hospitalisation dont le département doit disposer.
a) Organismes
extra-hospitaliers.
Aucun département
ne peut se considérer comme étant dans une situation
satisfaisante à cet égard ; partout ces organismes doivent
être développés, ou même créés de toutes pièces.
Même dans les
départements où le problème de l'hospitalisation des
malades semble devoir être prochainement résolu (par
exemple par la construction d'un hôpital psychiatrique
neuf, ou par le rapatriement devenu possible des malades
étrangers au département hospitalisés jusqu'alors à
l'hôpital psychiatrique) le problème de la mise en place
d'un dispositif extra-hospitalier satisfaisant reste encore
entier.
Ce n'est qu'au prix
de la création de ce dispositif que l'hôpital
psychiatrique pourra éviter un encombrement progressif. Il
ne faut pas perdre de vue que la plupart des malades mentaux
posent des problèmes médico-sociaux importants qui ne sont
pas réglés par l'hospitalisation, et même que
l'hospitalisation rend plus aigus encore. L'absence du
dispositif extra-hospitalier nécessaire, soit en
interdisant, soit même simplement en retardant la sortie de
ces malades, entraînerait inéluctablement à plus ou moins
brève échéance une surpopulation de l'hôpital
psychiatrique, annihilant ainsi les efforts faits par la
collectivité.
J'insiste sur le
fait que la mise en place des organismes extra-hospitaliers
ci-dessus énumérés, en liaison avec les services
d'hospitalisation, est un élément très important de
l'organisation de la lutte contre les maladies mentales ;
tant que ces organismes n'existent pas, les soins dispensés
par l'hôpital ne peuvent être qu'incomplets.
b)
Équipements en lits.
Il est bien
évident que, sur le plan général, malgré la mise en
place des organismes de pré- et postcure et
l'accélération du " rendement " des hôpitaux
psychiatriques, le nombre de lits dont notre pays dispose
pour l'hospitalisation des malades mentaux est très
insuffisant. Dans bien des départements, le hiatus restera
marqué entre la population hospitalisée à prévoir et le
nombre de lits modernisés dont l'hôpital psychiatrique
disposera.
En règle
générale, la meilleure solution consistera à construire
ces lits nouveaux non par extension de l'établissement
existant, mais par création d'une nouvelle formation
spécialisée à un autre pôle démographique du
département, soit sous la forme d'un hôpital psychiatrique
départemental, voire privé, faisant fonction de public, si
le nombre de lits nécessaire est égal ou supérieur à
300, soit sous la forme d'un quartier psychiatrique
rattaché à un hôpital général si ce nombre est
inférieur à 300, et dans la mesure où la structure de
l'hôpital s'y prête. Cette dernière formule présente à
la fois l'intérêt d'être relativement économique en ce
qui concerne la construction et de faciliter le "
quadrillage " souhaitable à l'organisation de la
politique de secteur.
Lorsqu'on
s'orientera vers la création d'un quartier psychiatrique ne
comportant qu'un nombre de lits restreint, il ne faudra pas
perdre de vue que cet organisme devra être mis en mesure de
traiter la totalité des malades mentaux du secteur qu'il
desservira et non pas seulement une certaine catégorie
d'entre eux ; autrement dit, la formule des services d'
" aigus " rattachés à un hôpital général
déversant leurs " chroniques > sur l'hôpital
psychiatrique départemental est à proscrire.
Ce n'est qu'après
l'étude de cette organisation future des soins aux malades
mentaux dans le cadre du département que l'on pourra
déterminer la capacité réglementaire vers laquelle tendra
l'hôpital psychiatrique existant à travers la réalisation
de son plan directeur de modernisation.
Dans certains cas,
la construction de nouveaux pavillons à l'hôpital
psychiatrique existant sera envisagée pour assurer le
" volant " nécessaire à la modernisation des
pavillons anciens. Ces réalisations ne pourront être
envisagées qu'avec prudence, et seulement dans la mesure
où elles ne risquent pas de gêner la réorganisation de
l'équipement psychiatrique du département.
Il.
- Modalités
d'établissement du programme.
Le programme
d'équipement et d'organisation du département, fixant les
buts à atteindre pour doter le département d'un dispositif
extra et intra-hospitalier suffisant sera établi, suivant
le cas, dans les conditions suivantes :
a)
Département pourvu d'un ou plusieurs hôpitaux
psychiatriques.
Ce programme sera
proposé par les médecins chefs de service. Il sera établi
par le directeur départemental de la santé, assurant la
coordination entre les différents points de vue exprimés.
b)
Département dépourvu de tout équipement psychiatrique et
doté d'un psychiatre départemental.
Le programme sera
proposé par le psychiatre départemental. Il sera établi
par le directeur départemental de la santé.
c)
Département dépourvu d'hôpital psychiatrique et ne
comportant pas un poste de psychiatre départemental.
Le programme sera
établi par le directeur départemental de la santé .
Dans les trois cas
visés ci-dessus, le programme devra, bien entendu, être
arrêté par le préfet et adopté par le conseil général.
Aux termes de cette
procédure, il me sera soumis pour approbation par les soins
de l'autorité préfectorale, accompagné des renseignements
visés au chapitre III.
Mes services sont
à votre disposition, dans le cas où des problèmes
particuliers seraient à régler, pour vous donner tous les
conseils qui vous seraient utiles pour l'établissement de
ce programme, préalablement à sa présentation devant le
conseil général.
Au moment où
l'importance prise par les maladies mentales parmi les
fléaux sociaux apparaît chaque jour plus préoccupante,
j'appelle tout particulièrement votre attention sur
l'intérêt qui s'attache à ce que l'étude qui est
demandée soit effectuée dans le plus court délai
possible.
(1) Ces
différentes catégories administratives d'établissements
ne seront pas distinguées dans le cadre de la présente
circulaire ; les termes - hôpital psychiatrique " ou
" établissement psychiatrique " seront employés
pour désigner indifféremment l'un ou l'autre de ces
établissements, qui, du point de vue technique, sont
exactement comparables.
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